CHANT CRUELCRUEL SONG
Liliane Wouterstrans. Anne-Marie Glasheen
J'ai déchiré ma Bible et craché sur la Croix.
J'ai fait le tour du monde.
J'ai vu me contempler de leur grand oeil narquois
le Sphinx et la Joconde.

Le bien qu'on me promet, c'est d'un jour m'allonger
sur un lit d'herbe courte.
De quoi suis-je donc fait? Le souffle est trop léger
et l'argile trop lourde.

Moi qui voudrais la lune et le Pérou en plus
je n'aurai sur ma bouche
qu'un baiser du malheur, qui m'a toujours élu
pour partager sa couche.

Mon flanc contre le sien et le glaive entre nous,
pour conjurer ses charmes
quand il me presserait des lèvres aux genoux
je n'ôterai point l'arme.

Trop fier pour être heureux, je ne connaîtrai pas
la volupté modeste
d'aller avec les chiens vers la fin du repas
pour implorer les restes.

Je ne recevrai rien puisque j'espère tout.
Et si j'avais la lune
Il me faudrait encore un morceau de Pérou
pour croire à ma fortune.

Les pauvres ont de quoi se mettre sous la dent,
de quoi remplir leur vie.
Ils ont de quoi manger, juste assez, cependant
leur faim est assouvie.

Seigneur, si devant toi je vaux le lis des champs
ou la colombe grise,
pardonne à la fierté cruelle de mon chant.
Je ne l'ai point apprise.
I have torn up my Bible and spat on the Cross.
I have been round the world.
I have seen stare at me the huge mocking eyes
of the Sphinx and the Mona Lisa.

The reward I am promised, is that I shall one day lie
on a bed of cropped grass.
What then am I made of ? The breath is too light
and the clay too heavy.

I who would ask for the moon and Peru besides
shall have on my mouth
but a kiss from misfortune, who has always picked me
to share his bed.

My thigh against his and the sword between us,
to ward off his charms
when he presses me from lips to knees
I shall not remove the weapon.

Too proud to be happy, I shall never know
the modest voluptuousness
of going with the dogs at the end of the meal
to beg for scraps.

I shall be given nothing since I want everything.
And if I had the moon
I would still need a piece of Peru
to believe in my good fortune.

The poor have something to put in their mouths,
something to fill their lives.
They have something to eat, just enough, still
their hunger is assuaged.

Lord, if to you I am worth the lilies of the field
or the grey dove,
forgive the cruel pride of my song.
It was not learned.

Copyright © Liliane Wouters 2001; Trans. copyright © Anne-Marie Glasheen 2001 - publ. Dedalus Press


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