LA MAISON DU BERGER (extrait) from THE SHEPHERD'S HUT
Alfred de Vigny trans. Stan Solomons
Elle me dit: "Je suis l'impassible théâtre
Que ne peut remuer le pied de ses acteurs;
Mes marches d'émeraude et mes parvis d'albâtre,
Mes colonnes de marbre ont les dieux pour sculpteurs.
Je n'entends ni vos cris ni vos soupirs; à peine
Je sens passer sur moi la comédie humaine
Qui cherche en vain au ciel ses muets spectateurs.

"Je roule avec dédain, sans voir et sans entendre,
A côté des fourmis les populations;
Je ne distingue pas leur terrier de leur cendre,
J'ignore en les portant les noms des nations.
On me dit une mère et je suis une tombe.
Mon hiver prend vos morts comme son hécatombe,
Mon printemps ne sent pas vos adorations.

" Avant vous, j'étais belle et toujours parfumée,
J'abandonnais au vent mes cheveux tout entiers:
Je suivais dans les cieux ma route accoutumée,
Sur l'axe harmonieux des divins balanciers.
Après vous, traversant l'espace où tout s'élance,
J'irai seule et sereine, en un chaste silence
Je fendrai l'air du front et de mes seins altiers."

C'est là ce que me dit sa voix triste et superbe,
Et dans mon coeur alors je la hais, et je vois
Notre sang dans son onde et nos morts sous son herbe
Nourrissant de leurs sucs la racine des bois.
Et je dis â mes yeux qui lui trouvaient des charmes:
"Ailleurs tous vos regards, ailleurs toutes vos larmes,
Aimez ce que jamais on ne verra deux fois."

Oh! qui verra deux fois ta grâce et ta tendresse,
Ange doux et plaintif qui parle en soupirant?
Qui naîtra comme toi portant une caresse
Dans chaque éclair tombe de ton regard mourant,
Dans les balancements de ta tâte penchée,
Dans ta taille indolente et mollement couchée,
Et dans ton pur sourire amoureux et souffrant?

Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse
Sous nos pieds, sur nos fronts, puisque c'est votre loi;
Vivez et dédaignez, si vous êtes déesse,
L'Homme, humble passager, qui dut vous être un Roi;
Plus que tout votre règne et que les splendeurs vaines
J'aime la majesté des souffrances humaines:
Vous ne recevrez pas un cri d'amour de moi.
And Nature said: " I am that theatre
Insentient, unmoved by any actor.
My emerald stairs, my courts of alabaster,
My marble halls are sculpted by the Gods.
Nought do I hear, nor cries or moans,
And barely feel those that do play on me
Scanning the silent sky for audience.

Revolving with disdain and deaf to all,
I cannot tell mankind from seething ants.
Nor cannot tell their cities from their graves.
I bear the nations' names yet know them not.
They call me Mother, and I am a Tomb.
My winter claims a frozen holocaust,
My spring impassive to your sacrifice.

Before you came I was perfumed and fair
My hair abandoned to the untamed breeze,
I followed in the skies my fated orbit,
Harmonious and predetermined way.
When you have gone, ploughing through darting space,
Serene and solitary, chaste and mute,
Still will I cleave the sky with haughty brow.

Thus sad and proud was Nature's voice to me,
And in my heart I hate her and I see
Blood on her waves, our dead beneath the sward,
Feeding the trees with all their dying juice.
And yet I was bewitched by all her charms
And said: " Avert your gaze, dry up your tears,
Love only that which passes and will die"

Who will see twice your grace and tenderness,
0 my sweet love, and angel of my life?
When shall I ever see your love again
In the soft lightning of your suffering eyes,
In the soft subtle bending of your head,
And the soft outline of your willow form,
And your pure smile of love and suffering.

Live on, cold Nature, live on without end,
Beneath us and above, since this is law,
Live on, and if you're God indeed, disdain
Mere Man, a transient and yet your King.
More than your realm and all your splendours vain,
I love the majesty of human pain:
You will receive no cry of love from me.

Trans. copyright © Stan Solomons 2006



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