LE MOULIN THE WINDMILL
Émile Verhaeren trans. Will Stone
Le moulin tourne au fond du soir, très lentement,
Sur un ciel de tristesse et de mélancolie,
Il tourne et tourne, et sa voile, couleur de lie,
Est triste et faible et lourde et lasse, infiniment.

Depuis l'aube, ses bras, comme des bras de plainte,
Se sont tendus et sont tombés; et les voici
Qui retombent encor, là-bas, dans l'air noirci
Et le silence entier de la nature éteinte.

Un jour souffrant d'hiver sur les hameaux s'endort,
Les nuages sont las de leurs voyages sombres,
Et le long des taillis qui ramassent leurs ombres,
Les ornières s'en vent vers un horizon mort.

Sous un ourlet de sol, quelques huttes de hêtre
Très misérablement sont assises en rond;
Une lampe de cuivre est pendue au plafond
Et patine de feu le mur et la fenêtre.

Et dans la plaine immense et le vide dormeur
Elles fixent - les très souffreteuses bicoques! -
Avec les pauvres yeux de leurs carreaux en loques,
Le vieux moulin qui tourne et, las, qui tourne et meurt.
At the heart of evening the windmill turns so slowly,
against a sky of dejection and melancholy,
it turns irresistibly and those sails the colour of lees
are frail and sad, leaden and weary, infinitely.

Since dawn, those arms, arms of lament
rose and fell; and here are those
that fall once more, out there, in the darkened air
and the unbroken silence of a perished nature.

An ailing winter's day over the drowsy hamlets,
the clouds are drained from sullen journeys
and along the shrubbery which gathers their shadow,
the ruts lead on towards a dead horizon.

Beneath the sail's hem, a few beech huts
in a rough circle miserably squat,
a lamp of copper hangs from the rafters
lending the fire's sheen to windows and plaster.

In the vast plain and slumbering vacancy
they stare - hopelessly enfeebled hovels! -
with the sterile eyes of their wrecked tiles,
the old windmill that wearily turns, turns and dies.

Trans. copyright © Will Stone 2006



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