MES DOIGTS MY FINGERS
Émile Verhaeren trans. Will Stone
Mes doigts, touchez mon front et cherchez, là,
Les vers qui rongeront, un jour, de leur morsure,
Mes chairs; touchez mon front, mes maigres doigts, voilà
Que mes veines déjà, comme une meurtrissure
Bleuâtre, étrangement, en font le tour, mes las
Et pauvres doigts - et que vos longs ongles malades
Battent, sinistrement, sur mes tempes, un glas,
Un pauvre glas, mes lents et mornes doigts!

Touchez, ce qui sera les vers, mes doigts d'opale,
Les vers, qui mangeront, pendant les vieux minuits
Du cimetière, avec lenteur, mon cerveau pâle,
Les vers, qui mangeront et mes dolents ennuis
Et mes rêves dolents et jusqu'à la pensée
Qui lentement incline, à cette heure, mon front,
Sur ce papier, dont la blancheur, d'encre blessée,
Se crispe aux traits de ma dure écriture.

Et vous aussi, mes doigts, vous deviendrez des vers,
Après les sacrements et les miséricordes,
Mes doigts, quand vous serez immobiles et verts,
Dans le linceul, sur mon torse, comme des cordes;
Mes doigts, qui m'écrivez, ce soir de rauque hiver,
Quand vous serez noués - les dix - sur ma carcasse
Et que s'écrasera sous un cercueil de fer,
Cette âpre carcasse, qui déjà casse.
My fingers, stroke my brow and search there
for rhymes which someday will eat of the wound,
my flesh; stroke my brow, skeletal fingers, there
already are my veins, like a bluish bruise,
oddly they promenade, my poor weary fingers -
and how those long sickly nails beat
ominously against my temples, tolling
tolling, my slow and mournful fingers!

You touch, what will be rhymes my opal fingers,
rhymes which will devour, at the graveyard's
witching hour, sluggishly, my pale brain,
rhymes, which will devour and my dreary boredom
and my mournful dreams as far as thought
which gradually inclines, at that hour, my brow
on this paper, of whose sacred ink and whiteness
the rhymes contort for my steely verses.

And you too, my fingers, you'll be rhymes
after the sacraments and the beneficence,
my fingers, when you turn green and are still
under the shroud, upon my breast, like wires;
my fingers who write me this hoarse winter night,
when you're knotted - all ten - on my corpse
crushed beneath a casket of iron,
this bitter corpse, already broken.

Trans. copyright © Will Stone 2006



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