DANS LES BOISIN THE WOODS
Paul Verlainetrans. Christopher Mulrooney
D'autres, - des innocents ou bien des lymphatiques, -
Ne trouvent dans les bois que charmes langoureux,
Souffles frais et parfums tièdes. Ils sont heureux!
D'autres s'y sentent pris - rêveurs - d'effrois mystiques.

Ils sont heureux! Pour moi, nerveux, et qu'un remords
Épouvantable et vague affole sans relâche,
Par les forêts je tremble à la fašon d'un lâche
Qui craindrait une embûche ou qui verrait des morts.

Ces grands rameaux jamais apaisés, comme l'onde,
D'où tombe un noir silence avec une ombre encor
Plus noire, tout ce morne et sinistre décor
Me remplit d'une horreur triviale et profonde.

Surtout les soirs d'été: la rougeur du couchant
Se fond dans le gris bleu des brumes qu'elle teinte
D'incendie et de sang; et l'angélus qui tinte
Au lointain semble un cri plaintif se rapprochant.

Le vent se lève chaud et lourd, un frisson passe
Et repasse, toujours plus fort, dans l'épaisseur
Toujours plus sombre des hauts chênes, obsesseur,
Et s'éparpille, ainsi qu'un miasme, dans l'espace.

La nuit vient. Le hibou s'envole. C'est l'instant
où l'on songe aux récits des aïeules naives ...
Sous un fourré, là-bas, là-bas, des sources vives
Font un bruit d'assassins postés se concertant.
Others - innocents or else lymphaticals -
Find in the woods nothing but charms languorous,
Fresh breezes and warm perfumes. They are felicitous!
Others feel seized there - dreamers - by scares mystical.

They are felicitous! Me, nervous, and whom a remorse
Appalling and vague affrights all intermission without,
Through forests I tremble after the manner of a coward
Who feared to fall in a trap or saw before him corpses.

Those great branches never appeased, like the groundswell,
Whence falls a black silence with a shadow more
Black yet, all that dreary and sinister decor
Fills me with horror trivial and profound as well.

Especially evenings of summer: the red of the setting sun
Fades into the grayish blue of mists it tinges
With conflagration and blood: and the angelus that rings
Distantly seems a plaintive cry approaching one.

The wind rises hot and heavy, a shiver passes
And repasses, ever stronger, in the thickness
Ever darker of the lofty oaks, obsessive,
And disperses, like a miasma, into space.

Night comes on. The owl flies off. It is the instant
When of naïve grandmas' narratives one thinks -
Under a bush, yonder, yonder, living springs
Make a sound of assassins posted taking counsel.

Trans. Copyright © Christopher Mulrooney 2003




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