LE RAMEUR THE ROWER
Paul Valéry trans. W. J. Strachan
Penché contre un grand fleuve, infiniment mes rames
M'arrachent à regret aux riants environs;
Ame aux pesantes mains, pleines des avirons,
Il faut que le ciel cède au glas des lentes lames.

Le coeur dur, l'oeil distrait des beautés que je bats,
Laissant autour de moi mûrir des cercles d'onde,
Je veux à larges coups rompre l'illustre monde
De feuilles et de feu que je chante tout bas.

Arbres sur qui je passe, ample et naïve moire,
Eau de ramages peinte, et paix de l'accompli,
Déchire-les, ma barque, impose-leur un pli
Qui coure du grand calme abolir la mémoire.

Jamais, charmes du jour, jamais vos grâces n'ont
Tant souffert d'un rebelle essayant sa défense:
Mais, comme les soleils m'ont tiré de l'enfance,
Je remonte à la source où cesse même un nom.

En vain toute la nymphe énorme et continue
Empêche de bras purs mes membres harassés;
Je romprai lentement mille liens glacés
Et les barbes d'argent de sa puissance nue.

Ce bruit secret des eaux, ce fleuve étrangement
Place mes jours dorés sous un bandeau de soie;
Rien plus aveuglément n'use l'antique joie
Qu'un bruit de fuite égale et de nul changement.

Sous les ponts annelés, l'eau profonde me porte,
Voûtes pleines de vent, de murmure et de nuit,
Ils courent sur un front qu'ils écrasent d'ennui,
Mais dont l'os orgueilleux est plus dur que leur porte.

Leur nuit passe longtemps. L'âme baisse sous eux
Ses sensibles soleils et ses promptes paupières,
Quand, par le mouvement qui me revêt de pierres,
Je m'enfonce au mépris de tant d'azur oiseux.
Back bent to a great river slowly I pull
Plucking myself away from the smiling shores;
Soul with heavy hands, burdened with these oars
The sky must give way to the slow waters' knell.

Hard in heart, eyes turned from the beauty I beat,
While the rings around me widening swirled,
My. long strokes shall shatter your famous world
Of leaves and of fire that I would celebrate.

Ample iridescence, trees whereon I glide,
Arabesqued water, and fulfilment's peace,
Cleave them, my boat, leave there your trace
So that of great calm no memory abide.

Never, charms of day, never your grace
Has suffered so much from a rebel's blow:
But as the suns shone and made my childhood grow,
I row back to the source where even names cease.

In vain the vast nymph, embracing, infinite,
Restrains with pure arms my harassed hands;
I shall slowly break a thousand frozen bonds
And the silvery ripples of her naked might.

These discreet murmuring waters strangely place
Under a silken bandage my days of gold;
Nothing more blindly frays a joy that was of old
Than the sound of smooth flight, the untroubled pace.

Beneath the ringed bridges, borne by waters in spate
I drift where the wind and night-whispers tease,
They straddle a brow they crush with weariness,
But whose arrogant bone is harder than their gate.

Their night is slow to pass. The soul lets through
Its responsive eyelids, its sensitive suns,
When, in the movement that covers me with stones,
I plunge in defiance of all this idle blue.

Orig. Copyright © Librairie Gallimard, Paris; Trans. Copyright © New Directions Publishing Corporation 1950 - publ. New Directions Books


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