du "CIMETIÈRE MARIN" (12-18) from "THE GRAVEYARD BY THE SEA" (12-18)
Paul Valéry trans. John Frederick Nims
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Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net grate la sécheresse.
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
À je ne sais quelle sévère essence ...
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut. Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même ...
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant ...
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient des pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!

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Once here, the future yawns, an empty stare.
The curt cicada grates the bone-dry air.
All’s burnt away, undone, in sky refined
To some astringent essence. Wide debris -
Life, with its wild addiction not to be!
Here bitterness is sweet, and clear the mind.

The hidden dead are well in earth interred;
Their mystery incinerated, cured.
Up there the Noon, the Noon unmoving too
Broods in its self-concern, itself the law ..
. Impeccable head, tiara without flaw,
See, I’m the secret change astir in you.

The fears you move - I hold them, I alone.
Repentance, doubt, compulsion, moods I’ve known
Show as your noble diamond’s only blur.
Still, in that dark the ponderous marble chokes,
A slow folk gathering at the root of oaks
Lend to your cause their many a signature.

These in a massive absence melted quite.
The redder clay has drunk away the white.
The gift of life gone wandering: flower and grass.
The dead are where? Their favorite turn of phrase,
Souls all their own, their own special ways?
There, where a tear would tremble, larvae pass.

Keen glee of girls the fingers stir and tease;
The eyes, the teeth, the moistening eyelid - these!
The breasts, so pretty flirting with the flame;
Blood brilliant in the lips about to dare;
The final gift; defending fingers there
- All reabsorbed in earth. The eternal game.

And you, grand soul, conceive a heaven designed
Free of that fond mirage our lashes find
There in the long shore’s glory, gold or blue?
When you’re a mist, your singing lips can live?
Away! The world’s in flight. My flesh a sieve.
Days of the holy hankering finish too.

Lean immortality, black, ormolu,
Horrid with laurel looped - you’d soothe us, you!
A mother’s breast, the pit they pitch us in!
Here’s a fine fib, a fine religious trick!
Who doesn’t know, who wouldn’t turn half-sick
From skulls eternal only in their grin?

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Orig. Copyright © Librairie Gallimard, Paris; Trans. Copyright © Mrs. Bonnie Nims 1973


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