ODE À L'ALOUETTEODE TO THE SKYLARK
Pierre de Ronsardtr. Christopher Mulrooney
T'oserait bien quelque Poète
Nier des vers, douce alouette?
Quant à moi, je ne l'oserois:
Je veux célébrer ton ramage
Sur tous oiseaux qui sont en cage,
Et sur tous ceux qui sont ès bois.

Qu'il te fait bon ouïr, à l'heure
Que le bouvier les champs labeure,
Quand la terre le Printemps sent,
Qui plus de ta chanson est gaie
Que courroucée de la plaie
Du soc, qui l'estomac lui fend!

Sitôt que tu es arrosée,
Au point du jour, de la rosée,
Tu fais en l'air mille discours;
En l'air des ailes tu frétilles,
Et pendue au ciel tu babilles
Et contes aux vents tes amours.

Puis du ciel tu te laisses fondre
Dans un sillon vert, soit pour pondre,
Soit pour éclore, ou pour couver,
Soit pour apporter la bechée
À tes petits, ou d'une achée,
Ou d'une chenille, ou d'un ver.

Lors, moi couché dessus l'herbette
D'une part j'ois ta chansonnette,
De l'autre, sus du poliot,
À l'abri de quelque fougère,
J'écoute la jeune bergère
Qui dégoise son lerelot.

Lors, je dis: "Tu es bien heureuse,
Gentille alouette amoureuse,
Qui n'as peur ni souci de riens,
Qui jamais au coeur n'as sentie
Les dédains d'une fière amie,
Ni le soin d'amasser des biens;

"Ou si quelque souci te touche,
C'est, lorsque le soleil se couche,
De dormir, et de réveiller
De tes chansons avec l'Aurore
Et bergers et passants encore,
Pour les envoyer travailler.

"Mais je vis toujours en tristesse
Pour les fiertés d'une maîtresse
Qui paye ma foi de travaux
Et d'une plaisante mensonge,
Mensonge qui toujours allonge
La longue trame de mes maux."
Dare he deny his verses to thee
Any poet, skylark sweet?
As for me, I dare not, I:
I would make your warble famed
Over all birds that are caged
And all that in the forest lie.

How good it does you to hear, at the hour
That the fîelds are worked by the plowman.
When the earth Spring is foretelling,
Which still more of your song is aswoon
Than incenséd by the wound
Of the plowshare, that rends its belly!

As soon as you have watered you
At the break of day, in dew,
You make in the air a thousand discourses;
In the air you shake your wings
And babble in the sky of things
And tell unto the wind your amours.

Then from the sky you fall away
Into a green furrow, be it to lay,
Be it to hatch or brood there firm,
Be it to carry a beakful to
Your little ones, an earthworm who
Consume. or caterpillar, or a worm.

Now I, upon the short grass here,
Partly your little song I hear;
Partly, on some pennyroyal,
Underneath a sheltering fern,
I hearken the young shepherdess
Spouting her tirralirraloy.

Now I say, "How happy thou art,
Goodly amorous skylark,
That hast nor fear nor care of aught,
That ne'er hast felt at heart the pain
Of a sweet friend's proud disdain.
Nor the need to earn what's bought.

"Or if e'er some care touch you,
It is, when the sundown's through,
Of sleeping and awakening
With your songs, in the sunrise,
Shepherds and eke passersby
To send them all away a-working.

"But I live evermore in sadness
For the despite of a mistress
Who pays me for my troth with laboring
And withal a plaisaunt flout,
A flout that ever stretches out
The weft of all my ills so lengthy."

Trans. Copyright © Christopher Mulrooney 2003


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