VIEUX QUAISTHE OLD QUAYS
Georges Rodenbachtrans. James Kirkup
Il est une heure exquise à l'approche des soirs,
Quand le ciel est empli de processions roses
Qui s'en vont effeuillant des âmes et des roses
Et balançant dans l'air des parfums d'encensoirs.

Alors tout s'avivant sous les lueurs décrues
Du couchant dont s'éteint peu à peu la rougeur,
Un charme se révèle aux yeux las du songeur:
Le charme des vieux murs au fond des vieilles rues.

Façades en relief, vitraux coloriés,
Bandes d'Amours captifs dans le deuil des cartouches,
Femmes dont la poussière a défleuri les bouches,
Fleurs de pierre égayant les murs historiés.

Le gothique noirci des pignons se décalque
En escaliers de crêpe au fil dormant de l'eau,
Et la lune se lève au milieu d'un halo
Comme une lampe d'or sur un grand catafalque.

Oh! les vieux quais dormants dans le soir solennel,
Sentant passer soudain sur leurs faces de pierre
Les baisers et l'adieu glacé de la rivière
Qui s'en va tout là-bas sous les ponts en tunnel.

Oh! les canaux bleuis à l'heure où l'on allume
Les lanternes, canaux regardés des amants
Qui devant l'eau qui passe échangent des serments
En entendant gémir des cloches dans la brume.

Tout agonise et tout se tait: on n'entend plus
Qu'un très mélancolique air de flûte qui pleure,
Seul, dans quelque invisible et noirâtre demeure
Où le joueur s'accoude aux châssis vermoulus!

Et l'on devine au loin le musicien sombre,
Pauvre, morne, qui joue au bord croulant des toits;
La tristesse du soir a passé dans ses doigts,
Et dans sa flûte à trous il fait chanter de l'ombre.
There is that exquisite hour, as evening falls,
When the heavens are filled with rosy processions
That move on, plucking the petals of souls and roses
And embalming the air with perfumes of censers.

It is then that, reviving under the failing light
Of the sunset, whose colours gradually die,
A charm is revealed to the gaze of a dreamer -
The charm of old walls at the end of ancient streets.

Sculptured facades, ornamental stained glass windows,
Rings of captured Cupids in dingy scrolls of stone,
Women whose lips have been deflowered by the dust,
Stone flowers decorating historic mansions.

The black gothic of gable-ends disintegrates
In stepped mourning-bands on the gliding water,
And the moon rises in the midst of a halo
Like a golden lamp upon a grand catafalque.

O! the old quays slumber in the solemn eve,
Suddenly feeling the riverís farewell kisses
As they pass across their stony countenances,
Drifting away, down under bridges like tunnels.

O! deepening blue of canals at the lighting
Of their lamps, canals that are gazed on by lovers
Who beside their flowing waters exchange their vows
As they listen to the bells moaning in the mist.

All is dying, all falls silent - no more sounds but
A melancholy melody, a weeping flute
Played alone in some time-blackened, unseen dwelling
On whose wormeaten windowsills the player leans!

And one just makes out, far off, the dark musician,
Wretched, mournful, playing under crumbling rooftiles;
The sadness of evening passed into his fingers,
And through the holes of his flute he makes shadows sing.

Click here 2 for another translation of this poem.

Trans. copyright © James Kirkup 2001



next
index
translator's next
VB8 next
VB8 index