LES VIEUX QUAIS THE OLD QUAIS
Georges Rodenbach trans. Will Stone
Il est une heure exquise à l'approche des soirs,
Quand le ciel est empli de processions roses
Qui s'en vont effeuillant des âmes et des roses
Et balançant dans l'air des parfums d'encensoirs.

Alors tout s'avivant sous les lueurs décrues
Du couchant dont s'éteint peu à peu la rougeur,
Un charme se révèle aux yeux las du songeur:
Le charme des vieux murs au fond des vieilles rues.

Façades en relief, vitraux coloriés,
Bandes d'Amours captifs dans le deuil des cartouches,
Femmes dont la poussière a défleuri les bouches,
Fleurs de pierre égayant les murs historiés.

Le gothique noirci des pignons se décalque
En escaliers de crêpe au fil dormant de l'eau,
Et la lune se lève au milieu d'un halo
Comme une lampe d'or sur un grand catafalque.

Oh! les vieux quais dormants dans le soir solennel,
Sentant passer soudain sur leurs faces de pierre
Les baisers et l'adieu glacé de la rivière
Qui s'en va tout là-bas sous les ponts en tunnel.

Oh! les canaux bleuis à l'heure où l'on allume
Les lanternes, canaux regardés des amants
Qui devant l'eau qui passe échangent des serments
En entendant gémir des cloches dans la brume.

Tout agonise et tout se tait: on n'entend plus
Qu'un très mélancolique air de flûte qui pleure,
Seul, dans quelque invisible et noirâtre demeure
Où le joueur s'accoude aux châssis vermoulus!

Et l'on devine au loin le musicien sombre,
Pauvre, morne, qui joue au bord croulant des toits;
La tristesse du soir a passé dans ses doigts,
Et dans sa flûte à trous il fait chanter de l'ombre.
That exquisite hour at evening's approach,
when the heavens fill with processions tinged rose
which advance, shedding souls and flowers,
casting into the air the fragrance of censers.

Then, more lucid beneath the declining light
of sunset, whose crimson glow gradually dies,
a charm is revealed to the dreamer's jaded eye:
the charm of old walls where ancient streets end.

Façades ornamented, coloured stained glass,
bands of captive cupids in the mournfulness of cartouches,
women on whom dust has shed the blossom of their lips,
flowers of stone lending cheer to walls lavishly historiated.

The black gothic of the gables is traced
on the slumbering current as stairways of crepe
and the moon rises at the halo's core,
like a lamp of gold upon a grand wooden bier.

Oh, the old quais drowsing in the solemn evening
sensing of a sudden on their faces of stone
the icy kiss of the river's farewell
that runs under bridges and into their tunnels.

Oh, the bluish shade they acquire at the hour
when lamps are lit, canals gazed on by lovers
who before the waters exchange their vows
as they hear through the mist the bells moaning sound.

All is in the throes of death, all keeps silent:
nothing is heard but a melancholy tune on a weeping flute,
alone in some blackened dwelling, unseen
on whose worm-eaten remains the player leans!

And one imagines far off, the mournful musician,
crestfallen, impoverished, playing beneath crumbling roofs;
as into his fingers passed evening's sorrow,
and from the holes he draws song from the shadows.

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Trans. copyright © Will Stone 2005



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