DIMANCHES SUNDAYS
Georges Rodenbach trans. Will Stone
Morne l'après-midi des dimanches, l'hiver,
Dans l'assoupissement des villes de province,
Où quelque girouette inconsolable grince
Seule, au sommet des toits, comme un oiseau de fer!

Il flotte dans le vent on ne sait quelle angoisse!
De très rares passants s'en vont sur les trottoirs:
Prêtres, femmes du peuple en grands capuchons noirs,
Béguines revenant des saluts de paroisse.

Des visages de femme ennuyés sont collés
Aux carreaux, contemplant le vide et le silence,
Et quelques maigres fleurs, dans une somnolence,
Achèvent de mourir sur les châssis voilés.

Et par l'écartement des rideaux des fenêtres,
Dans les salons des grands hôtels patriciens
On peut voir, sur des fonds de gobelins anciens,
Dans de vieux cadres d'or, les portraits des ancêtres,

En fraise de dentelle, en pourpoint de velours,
Avec leur blason peint dans un coin de la toile,
Qui regardent au loin s'allumer une étoile
Et la ville dormir dans des silences lourds.

Et tous ces vieux hôtels sont vides et sont ternes,
Le moyen âge mort se réfugie en eux;
C'est ainsi que, le soir, le soleil lumineux
Se réfugie aussi dans les tristes lanternes.

Ô lanternes, gardant le souvenir du feu,
Le souvenir de la lumière disparue,
Si tristes dans le vide et le deuil de la rue
Qu'elles semblent brûler pour le convoi d'un Dieu!

Et voici que soudain les cloches agitées
Ébranlant le Beffroi debout dans son orgueil,
Et leurs sons, lourds d'airain, sur la ville au cercueil
Descendent lentement comme des pelletées!
Mournful Sunday afternoons in winter,
in the drowsiness of provincial towns,
where some inconsolable weather cock
like a bird of iron, creaks alone on a roof-top!

And drifting on the wind who knows what anguish.
Rare passers-by travel the pavements:
priests, working women in great black hooded cloaks,
beguines returning from the parish mass.

The faces of listless women are pressed
to the pane, gazing on the void and silence,
and a few meagre flowers, settled in somnolence,
achieve their death in the veiled frames.

And in the space between the curtains
in drawing rooms of large patrician mansions
one might see, on backgrounds of old gobelin tapestry
in ancient frames of gold, ancestral portraits,

in velvet doublet and ruffs of lace,
coats of arms at each corner of the canvas,
who, as a star is lit scan the far distance
and the town sleeps on in heavy silences.

And all those old mansions are empty, lifeless,
within them seeking refuge, the dead middle ages;
and so it is, at evening, the luminous sun
seeks refuge too in their melancholy lanterns.

Oh lanterns, guarding the memory of fire,
the memories of light long disappeared,
so dejected in the affliction and emptiness of the street
they seem to burn for the cortège of some deity!

And now of sudden the restless bells
disturb the belfry planted in its pride,
and their sound, heavily bronzed, gradually falls
on the coffin of the town as if in spadefuls.

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Trans. copyright © Will Stone 2005



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