OPHÉLIE OPHELIA
Arthur Rimbaud trans. Thomas D. Le

I

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles ...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir,
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

II

O pâle Ophélia! belle comme la neige!
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
- C'est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux!

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre Folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu!

III

- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

I

Upon the dark, calm waves where sleep the stars
Fair Ophelia floats, lissome lily
Slowly drifting veiled for eternal hours
While faint howlings echo through woods moody.

Over a millenium sad Ophelia
Sleeps through ghost white upon the dark river
Over a millenium mad Ophelia
Whispers romance to the breeze's vesper.

Kissing her breasts the wind unfurls a crown
Of veils that are gently rocked by the wave.
Shivering willows weep on her shoulders down;
On her dreamy broad brow the bent reeds lave.

The bruised water lilies around her sigh;
Sometimes she wakes by the sleeping alder.
A nesting fledgling beats its wings well nigh
From golden stars the secret songs bestir.

II

O pale Ophelia! lovely as snow!
You died a child and soon was river-born,
Because the Norwegian mountain winds blow,
Tempt you with rugged freedom in their bourn.

It is a wind that teases your great hair,
Your mind of dream that sounds its strange delight
That your heart hears the song of nature fair
In yonder trees' laments, the sobs of night.

The mad seas' billows roar deep-throated howl
Shatter your child's human and tender heart.
One April morn a shining knight goes on the prowl
Silly poor guy, at your knees sits apart.

Gosh! Love! Liberty! What a dream, poor Fool!
You rush to him as snow dashing towards fire:
Your great visions stifling your wise words cool,
Boundless terror fills your blue eyes with ire.

III

And the poet said in the starlight
You came at night to seek the flower tote,
He saw her on the water in veils bright
The white Ophelia, a lily float.

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Trans. Copyright © Thomas D. Le 2005


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