LE MALEVIL
Arthur Rimbaudtrans. Andrew Davidson
Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu;
Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu;

Tandis qu'une folie épouvantable broie
Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant;
- Pauvres morts dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie,
Nature, ô toi qui fis ces hommes saintement! ...

Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l'encens, aux grands calices d'or,
Qui dans le bercement des hosanna s'endort,

Et se réveille quand des mères, ramassées
Dans l'angoisse et pleurant sous leur vieux bonnet noir,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir!
Whilst all day long across the vacant skies
The grapeshot spits and drools crimson desire;
And, green or red, stirred by their monarchs' cries,
Complete battalions crumble under fire;

Whilst crushed amid the battle's deafening blare,
A hundred thousand men lie in one heap,
Staining the earth, tainting the gentle air
That nourished once the lives now held so cheap...

There is a God who snuffs the fragrant cloud
Of incense as it floats idly aloft,
Who snores through sung hosannahs deep and soft,

And wakes only to watch the mother, bowed
With anguish, whose black bonnet hides her grief,
Unwrap the penny from her handkerchief.

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Trans. copyright © Andrew Davidson 2003



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