HÔTEL CONTINENTAL HOTEL CONTINENTAL
Jacques Réda tr. Jennie Feldman
La solitude a justement ce nom doux et froid qu'on prononce
Et qui ramasse un peu l'âme dans la clarté rompue.
Alors de l'abandon et du retranchement surgit une figure
Qui fait signe à son tour sous les feuilles du papier peint,
Dans le grincement de l'armoire et les marges du livre
Illisible pour le regard qui de loin nous traverse.
Mais sans nom prononçable est cette fosse qui sépare
En deux l'être et, de chaque battement du coeur,
Fait un choc de porte marquée après l'expulsion.
Me voici maintenant au bord de la dernière marche,
Là où le réconfort naît de la présence d'une chaise
Et de la cavité murmurante du lavabo;
Où la main de la solitude elle-même s'est dessaisie
Et me laisse comme le jour où sous la pluie, après votre départ,
J'ai vu dans un cercle du temps qui n'est pas mesurable
Battre, fer contre fer, la petite porte du square.
Solitude is chill and soft on the tongue that names it
Lifting the soul a little in the broken light.
Then out of the desertion and withdrawal a figure
Rises beckoning in its turn under the leafy wallpaper,
In the wardrobe's creak and the margins of a book
That can't be read by the distant gaze turned on us.
But there's no pronounceable name for this pit that divides
The self in two, and makes of every heartbeat
A slamming door with its eviction sign.
Here I am with one more stair to go,
Where consolation comes from a waiting chair
And the basin's hollow murmur;
Where even solitude takes her hand away from mine
And leaves me, like that day after you'd gone,
When standing in the rain I saw a circle of time
Impossible to reckon, and inside it
The little park gate clashing iron on iron.

Copyright © Éditions Gallimard, Paris 1988; trans. copyright © Jennie Feldman 2005


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