from "ESTHER" - III.1from "ESTHER" - III.1
Jean Racinetrans. Elliot Philipp & Brian Cole
Act III, Scène 1 - AMAN, ZARÈS

(le théàtre représente l'appartement d'Esther)

ZARÈS

C'est donc ici d'Esther le superbe jardin;
Et ce salon pompeux est le lieu du festin.
Mais tandis que la porte en est encor fermée,
Écoutez les conseils d'une épouse alarmée.
Au nom du sacré noeud qui me lie avec vous,
Dissimulez, Seigneur, cet aveugle courroux;
Éclaircissez ce front où la tristesse est peinte:
Les rois craignent surtout le reproche et la plainte.
Seul entre tous les grands par la Reine invité,
Ressentez donc aussi cette félicité.
Si le mal vous aigrit, que le bienfait vous touche.
Je l'ai cent fois appris de votre propre bouche:
Quiconque ne sait pas dévorer un affront,
Ni de fausses couleurs se déguiser le front,
Loin de l'aspect des rois qu'il s'écarte, qu'il fuie.
Il est des contre-temps qu'il faut qu'un sage essuie.
Souvent avec prudence un outrage enduré
Aux honneurs les plus hauts a servi de degré.

AMAN
Ô douleur! ô supplice affreux à la pensée!
Ô honte, qui jamais ne peut être effacée!
Un exécrable Juif, l'opprobre des humains,
S'est donc vu de la pourpre habillé par mes mains?
C'est peu qu'il ait sur moi remporté la victoire;
Malheureux, j'ai servi de héraut à sa gloire.
Le traître! Il insultoit à ma confusion;
Et tout le peuple même avec dérision,
Observant la rougeur qui couvroit mon visage,
De ma chute certaine en tiroit le présage.
Roi cruel! ce sont là les jeux où tu te plais.
Tu ne m'as prodigué tes perfides bienfaits
Que pour me faire mieux sentir ta tyrannie,
Et m'accabler enfin de plus d'ignominie.

ZARÈS
Pourquoi juger si mal de son intention?
Il croit récompenser une bonne action.
Ne faut-il pas, Seigneur, s'étonner au contraire
Qu'il en ait si longtemps différé le salaire?
Du reste, il n'a rien fait que par votre conseil,
Vous-même avez dicté tout ce triste appareil.
Vous êtes après lui le premier de l'Empire.
Sait-il toute l'horreur que ce Juif vous inspire?

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Act III, Scene 1 - HAMAN, ZARES

(In Esther's apartment)

ZARES

So this is Esther's splendid garden, and
Her grand salon where you will feast tonight.
But while the doors are still both locked and bolted
Please listen to the advice of a frightened wife.
By the sacred knot that binds me to you,
Rid yourself, my Lord, of your blind anger.
Lighten your brow that's painted in such gloom:
For kings hate most reproaches and complaints.
You are the only one the Queen invited.
Enjoy this honour, let it raise your spirits.
If upsets make you bitter, savour success.
I have heard you say a hundred times:
A man who cannot rise above an insult,
not put a good face on it, keep his calm,
he'd better go and stay away from kings.
There are mishaps the wise man must put up with.
An outrage prudently endured can often
Be a stepping-stone to hightest honours.

HAMAN
What pain! What dreadful torture of my mind!
What shame that cannot ever be expunged!
A cursèd Jew, disgrace to all mankind,
Was seen in purple, robed by my own hands!
Not only did he score a victory over me,
But sadly I was herald of his glory.
The traitor! He affronted my confusion;
And all the people laughed at me, and saw
The blush that covered all my face. They thought
it was a prophesy of my own downfall.
Cruel king! Those are the games that please you.
You've weighed me down with all your treacherous favours
That only make me feel your tyranny more,
And bury me in ever greater shame.

ZARES
Why think his intentions were unfriendly?
He only wanted to reward good work.
Should you not, my Lord, be more surprised
That he delayed so long rewarding you?
You know he always followed your advice
And you decided every dreary detail.
After him you're first in all the Empire.
Does he know this Jew revolts you so?

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Trans. Copyright © Elliot Philipp & Brian Cole 2003


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