from "ESTHER" - I.1from "ESTHER" - I.1
Jean Racinetrans. Elliot Philipp & Brian Cole
Act I, Scène 1 - ESTHER, ÉLISE

(le théàtre représente l'appartement d'Esther)

ESTHER

Est-ce toi, chère Élise? O jour trois fois heureux!
Que béni soit le ciel qui te rend à mes voeux,
Toi qui de Benjamin comme moi descendue,
Fus de mes premiers ans la compagne assidue,
Et qui d'un même joug souffrant l'oppression,
M'aidois à soupirer les malheurs de Sion.
Combien ce temps encore est cher à ma mémoire:
Mais toi, de ton Esther ignorois-tu la gloire?
Depuis plus de six mois que je te fais chercher,
Quel climat, quel désert a donc pu te cacher?

ÉLISE
Au bruit de votre mort justement éplorée,
Du reste des humains je vivois séparée,
Et de mes tristes jours n'attendois que la fin,
Quand tout à coup, Madame, un prophète divin:
"C'est pleurer trop longtemps une mort qui t'abuse,
Lève-toi, m'a-t-il dit, prends ton chemin vers Suse.
Là tu verras d'Esther la pompe et les honneurs,
Et sur le trône assis le sujet de tes pleurs.
Rassure, ajouta-t-il, tes tribus alarmées,
Sion: le jour approche où le Dieu des armées
Va de son bras puissant faire éclater l'appui;
Et le cri de son peuple est monté jusqu'à lui.
Il dit. Et moi, de joie et d'horreur pénétrée,
Je cours. De ce palais j'ai su trouver l'entrée.
Ô spectacle! Ô triomphe admirable à mes yeux,
Digne en effet du bras qui sauva nos aïeux!
Le fier Assuérus couronne sa captive,
Et le Persan superbe est aux pieds d'une Juive.
Par quels secrets ressorts, par quel enchaînement
Le ciel a-t-il conduit ce grand événement?

ESTHER
Peut-être on t'a conté la fameuse disgrâce
De l'altière Vasthi, dont j'occupe la place,
Lorsque le Roi, contre elle enflammé de dépit,
La chassa de son trône, ainsi que de son lit.
Mais il ne put sitôt en bannir la pensée.
Vasthi régna longtemps dans son âme offensée.
Dans ses nombreux États il fallut donc chercher
Quelque nouvel objet qui l'en pût détacher.
De l'Inde à l'Hellespont ses esclaves coururent.
Les filles de l'Égypte à Suse comparurent.
Celles mêmes du Parthe et du Scythe indompté
Y briguèrent le sceptre offert à la beauté.
On m'élevoit alors, solitaire et cachée,
Sous les yeux vigilants du sage Mardochée,
Tu sais combien je dois à ses heureux secours.
La mort m'avoit ravi les auteurs de mes jours,
Mais lui, voyant en moi la fille de son frère,
Me tint lieu, chère Élise, et de père et de mère.
Du triste état des Juifs jour et nuit agité,
Il me tira du sein de mon obscurité
Et sur mes foibles mains fondant leur délivrance,
Il me fit d'un empire accepter l'espérance.
À ses desseins secrets tremblante j'obéis.
Je vins. Mais je cachai ma race et mon pays.

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Act I, Scene 1 - ESTHER, ELISE

(In Esther's apartment)

ESTHER

Is that you, Elise? O happy day!
And blest be Heaven that grants my wishes so.
Like me you're of the tribe of Benjamin -
As children we were always constant friends,
And being both oppressed by one same yoke
You helped me when we suffered Zion's sorrows.
How dear to me is the memory of those times.
But don't you know of Esther's present glory?
I've searched for you for more than half a year;
In what land, what desert, were you hiding?

ELISE
I heard a worrying rumour of your death.
At that time I was living by myself,
Just waiting for the end of my sad days,
When suddenly a holy prophet told me:
"You've wept too much - your Esther is not dead.
Arise" he said "and take the road to Susa;
there you'll find that Esther whom you mourn,
And see she's honoured, sitting on a throne.
Reassure your frightened tribe of Zion.
The day is coming when the God of wrath
Will show your enemies his arm's great strength,
For he has heard his people's plaintive cry."
He spoke, and filled with horror and joy I ran.
I reached this palace, found my way inside.
O what a splendid scene my eyes beheld!
A triumph worthy of the hand that saved our fathers!
Proud Ahasuerus has made his captive Queen.
And Persian lords must kneel before a Jewess.
By what secret springs, what chain of events,
Has Heaven brought about this miracle?

ESTHER
Perhaps you may have heard how haughty Vashti,
In whose place I now reign, had fallen from grace
When the king, inflamed with spite against her,
Cast her off her throne and from his bed.
But he could not so soon forget her charms,
And Vashti stayed in his offended heart.
They went to look throughout his many states
For someone to replace her in his mind.
His slaves ran from the Hellespont to India,
Comparing girls from Egypt and from Susa.
Even those from Partha and free Scythia.
Competed for the sceptre, for their beauty.
Then I was growing up alone, in secret,
Under Mordechai's wise tutelage.
You know how much I owe to his care for me.
Death had robbed me of my natural parents.
But seeing in me his brother's daughter, he
Took on the roles of sire and mother too.
Ever concerned about the Jews' sad plight,
Il me tira He raised me up from my obscurity,
And put their future into my weak hands.
He founded the hope of an empire on my shoulders.
Trembling I obey his secret plans.
I came here, but concealed my race and country.

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Trans. Copyright © Elliot Philipp & Brian Cole 2003


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