from "ATHALIE" - I.1 from "ATHALIAH" - I.1
Jean Racinetrans. Brian Cole
Acte I, Scène 1 - JOAD, ABNER

ABNER

Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel.
Je viens, selon l'usage antique et solennel,
Célébrer avec vous la fameuse journée
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.
Que les temps sont changés! Sitôt que de ce jour
La trompette sacrée annonçait le retour,
Du temple, orné partout de festons magnifiques,
Le peuple saint en foule inondait les portiques.
Et tous devant l'autel avec ordre introduits,
De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux fruits,
Au Dieu de l'univers consacraient ces prémices.
Les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrifices.
L'audace d'une femme arrêtant ce concours,
En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.
D'adorateurs zélés à peine un petit nombre
Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre.
Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal,
Ou même s'empressant aux autels de Baal,
Se fait initier à ses honteux mystères,
Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères.
Je tremble qu'Athalie, à ne vous rien cacher,
Vous-même de l'autel vous faisant arracher,
N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes,
Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

JOAD
D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment?

ABNER
Pensez-vous être saint et juste impunément?
Dès longtemps elle hait cette fermeté rare
Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare.
Dès longtemps votre amour pour la religion
Est traité de révolte et de sédition.
Du mérite éclatant cette reine jalouse,
Hait surtout Josabet votre fidèle épouse.
Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur,
De notre dernier roi Josabet est la soeur.
Mathan d'ailleurs, Mathan, ce prêtre sacrilège,
Plus méchant qu'Athalie, à toute heure l'assiège;
Mathan de nos autels infime déserteur,
Et de toute vertu zélé persécuteur.
C'est peu que le front ceint d'une mitre étrangère,
Ce lévite à Baal prête son ministère.
Ce temple l'importune, et son impiété
Voudrait anéantir le Dieu qu'il à quitté.
Pour vous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invente:
Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous vante.
Il affecte pour vous une fausse douceur,
Et par là de son fiel colorant la noirceur,
Tantôt à cette reine il vous peint redoutable,
Tantôt voyant pour l'or sa soif insatiable,
Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez,
Vous cachez des trésors par David amassés.
Enfin depuis deux jours, la superbe Athalie,
Dans un sombre chagrin paraît ensevelie.
Je l'observais hier, et je voyais ses yeux
Lancer sur le lieu saint des regards furieux;
Comme si dans le fond de ce vaste édifice
Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice.
Croyez-moi, plus j'y pense, et moins je puis douter
Que sur vous son courroux ne soit prêt d'éclater,
Et que de Jézabel la fille sanguinaire
Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.

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Act I, Scene 1 - JOAD, ABNER

ABNER

Yes, I come to worship in God's temple
following our old and solemn custom,
to celebrate with you the auspicious day
on which the law was given to us on Sinai.
Times have changed! As soon as the sacred trumpet
announced the anniversary of that day
the chosen people flooded through the doors
into the temple, decked with sumptuous wreaths.
They all filed past the altar, one by one,
and carried in their hands their fields' first fruits.
They dedicated these to the eternal God.
The offerings were too many for the priests!
The effrontery of a woman stopped these crowds
and changed those glorious days to gloomy night.
There are not many zealous worshippers
who now dare to revive those early days.
The others show a fatal neglect of God,
or even, hurrying to heathen Baal's altars,
are initiated in his shameful rites,
and they blaspheme the name their sires invoked.
To be quite frank, I fear Athalia soon
will have you snatched away from the altar steps
and execute on you her deadly vengeance.
She'll strip away the remains of a feigned respect.

JOAD
What causes you today these dark forebodings?

ABNER
Can you be just and holy with impunity?
She long has hated that rare moral strength
of Joad that's the glory of the crown.
For many months your deep religious faith
is treated as disloyalty and sedition.
This queen is jealous and especially hates
the virtues of your good wife Josabeth.
If Joad is the heir of our great priest Aaron,
Josabeth is sister to our last king.
But now Mathan, that sacrilegious priest,
more wicked than Athalia, fills her ears
with lies - that vile deserter from our faith
and zealous persecutor of all virtue.
It's not just that he wears a heathen mitre,
and though he is a Levite worships Baal:
this temple troubles him, his impious heart
desires to destroy the God he has deserted.
There's nothing he won't do to damage you:
at times he'll sympathise, or even praise you,
and he displays for you a false affection
to cover up the blackness of his venom.
One day he tells the queen you're to be feared,
then, knowing her voracious lust for gold,
he tells her that you have a secret place
in which you hide the treasures of King David.
For the last two days proud Queen Athalia
seems to be sunk in a terrible depression.
I observed her yesterday - her eyes
cast furious glances at the holy temple
as if in the depths of that vast building
God would hide an avenger to destroy her.
The more I think of it the less I doubt
that she's about to vent her wrath on you,
and that the bloody daughter of Jezebel
will attack the Lord God even in his temple.

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Trans. Copyright © Brian Cole 2004


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