from "ATHALIE" - I.1from "ATHALIAH" - I.1
Jean Racinetrans. Tim Chilcott
Acte I, Scène 1 - JOAD, ABNER

ABNER

Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel.
Je viens, selon l'usage antique et solennel,
Célébrer avec vous la fameuse journée
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.
Que les temps sont changés! Sitôt que de ce jour
La trompette sacrée annonçait le retour,
Du temple, orné partout de festons magnifiques,
Le peuple saint en foule inondait les portiques.
Et tous devant l'autel avec ordre introduits,
De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux fruits,
Au Dieu de l'univers consacraient ces prémices.
Les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrifices.
L'audace d'une femme arrêtant ce concours,
En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.
D'adorateurs zélés à peine un petit nombre
Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre.
Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal,
Ou même s'empressant aux autels de Baal,
Se fait initier à ses honteux mystères,
Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères.
Je tremble qu'Athalie, à ne vous rien cacher,
Vous-même de l'autel vous faisant arracher,
N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes,
Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

JOAD
D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment?

ABNER
Pensez-vous être saint et juste impunément?
Dès longtemps elle hait cette fermeté rare
Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare.
Dès longtemps votre amour pour la religion
Est traité de révolte et de sédition.
Du mérite éclatant cette reine jalouse,
Hait surtout Josabet votre fidèle épouse.
Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur,
De notre dernier roi Josabet est la soeur.
Mathan d'ailleurs, Mathan, ce prêtre sacrilège,
Plus méchant qu'Athalie, à toute heure l'assiège;
Mathan de nos autels infime déserteur,
Et de toute vertu zélé persécuteur.
C'est peu que le front ceint d'une mitre étrangère,
Ce lévite à Baal prête son ministère.
Ce temple l'importune, et son impiété
Voudrait anéantir le Dieu qu'il à quitté.
Pour vous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invente:
Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous vante.
Il affecte pour vous une fausse douceur,
Et par là de son fiel colorant la noirceur,
Tantôt à cette reine il vous peint redoutable,
Tantôt voyant pour l'or sa soif insatiable,
Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez,
Vous cachez des trésors par David amassés.
Enfin depuis deux jours, la superbe Athalie,
Dans un sombre chagrin paraît ensevelie.
Je l'observais hier, et je voyais ses yeux
Lancer sur le lieu saint des regards furieux;
Comme si dans le fond de ce vaste édifice
Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice.
Croyez-moi, plus j'y pense, et moins je puis douter
Que sur vous son courroux ne soit prêt d'éclater,
Et que de Jézabel la fille sanguinaire
Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.

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Act I, Scene 1 - JEHOIADA, ABNER

ABNER

I come to worship God here in his shrine,
To follow old and solemn ritual
And celebrate that famous day with you,
When holy law was given us on Sinai.
How times have changed. The sacred trumpet then
Had scarcely sounded out the day's return
Than crowds of holy worshippers streamed through
The temple doors. Garlands were everywhere.
They walked up row by row, up to the shrine,
Bearing the harvest of their fields, first-fruits
That they would consecrate to God. The priests
Were all too few to make the sacrifice.
And now a reckless queen has stopped the crowds
And changed those days of joy to darkest night.
A tiny group of faithful worshippers
Dares still keep up some shadow of those days.
The others have forgotten God;
They even crowd around the shrine of Baal.
They've quickly learned his shameful mysteries;
They curse the name their fathers once invoked.
I won't disguise my fear... Athaliah
Will have you dragged off from the shrine itself
And so revenge herself on you at last.
The vestiges of forced respect will go.

JEHOIADA
Where does this black foreboding come from now?

ABNER
You think to stay a holy man, untouched?
She long has loathed your rare, unswerving faith
That lends fresh brilliance to your diadem.
For ages now, your love of godly things
She's treated as disloyalty and revolt.
She's envious of any striking grace,
Hates most Jehoshabeath - your faithful wife.
If you succeed our high-priest Aaron now,
Your wife will be our last king's sister then.
And then... Mattan. That sacrilegious priest,
Worse than Athaliah, surrounds her day and night.
He's godlessly deserted all our faith
And persecutes what's good so eagerly.
It scarcely matters that he ministers
To Baal, a foreign mitre on his head.
This temple troubles him. The heretic
Just wants to crush the God he has renounced.
There's nothing he won't do to ruin you.
Sometimes, he'll pity you; often, he'll praise.
He'll feign some kindly sympathy for you,
And then, to hide the blackness of his gall,
He'll paint you to the queen as dangerous.
Sometimes, seeing her fevered thirst for gold,
He claims that you alone know of the place
Where you've concealed the treasures David left.
But for the last two days, Athaliah's pride
Has seemed enshrouded in some dark distress.
I watched her yesterday, and saw her gaze
Upon this sacred spot so furiously -
As if, in this vast building's deepest place,
God hid his vengeance, armed to strike her down.
The more I think of it, the less I doubt
That all her rage will soon explode on you.
The daughter of Jezebel now thirsts for blood.
She'll even strike at God inside his sanctuary.

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Trans. Copyright © Tim Chilcott 2003


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