from "ANDROMAQUE" - V.1from "ANDROMAQUE" - V.1
Jean Racinetrans. Tim Chilcott
Scène 2 - HERMIONE (seule)

Où suis-je? Qu'ai-je fait? Que dois-je faire encore?
Quel transport me saisit? Quel chagrin me dévore?
Errante, et sans dessein, je cours dans ce palais.
Ah! ne puis-je savoir si j'aime, ou si je hais?
Le cruel! de quel oeil il m'a congédiée!
Sans pitié, sans douleur au moins étudiée.
L'ai-je vu se troubler et me plaindre un moment?
En ai-je pu tirer un seul gémissement?
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes,
Semblait-il seulement qu'il eût part à mes larmes?
Et je le plains encore? Et pour comble d'ennui
Mon coeur, mon lâche coeur s'intéresse pour lui?
Je tremble au seul penser du coup qui le menace,
Et prête à me venger, je lui fais déjà grâce.
Non, ne révoquons point l'arrêt de mon courroux:
Qu'il périsse. Aussi bien il ne vit plus pour nous.
Le perfide triomphe, et se rit de ma rage:
Il pense voir en pleurs dissiper cet orage;
Il croit que toujours faible et d'un coeur incertain,
Je parerai d'un bras les coups de l'autre main.
Il juge encor de moi par mes bontés passées.
Mais plutôt le perfide à bien d'autres pensées:
Triomphant dans le temple, il ne s'informe pas
Si l'on souhaite ailleurs sa vie, ou son trépas.
Il me laisse, l'ingrat! cet embarras funeste.
Non, non, encore un coup, laissons agir Oreste.
Qu'il meure, puisque enfin il a dû le prévoir,
Et puisqu'il m'a forcée enfin à le vouloir,
A le vouloir? Hé quoi? C'est donc moi qui l'ordonne?
Sa mort sera l'effet de l'amour d'Hermione?
Ce prince, dont mon coeur se faisait autrefois,
Avec tant de plaisir, redire les exploits,
A qui même en secret je m'étais destinée
Avant qu'on eût conclu ce fatal hyménée,
Je n'ai donc traversé tant de mers, tant d'états,
Que pour venir si loin préparer son trépas,
L'assassiner, le perdre? Ah! devant qu'il expire ...
Scene 2 - HERMIONE (alone)

Where am I? What have I done? What shall I do?
What's holding me? What pain eats through at me?
I dart all through the palace, aimlessly.
So don't I know now if I love or hate?
I've been cast off - that cruelty in his eyes -
No pity, grief - not even feigned. And did
I see him soften for a moment - care?
Did I draw out one single groan from him?
I cried distressed. He stood there, dumb, unmoved.
He did not seem to share my grief at all.
And I still pity him! But there's worse pain.
My heart, my cowardly heart, still takes his side.
I tremble just to think ... that deathly blow ...
Revenge is close. Will I still pardon him?
I won't revoke the aim of all this rage.
Let him now die. He's not alive to me.
The traitor triumphs, mocks and scorns my hurt.
He thinks he'll see this storm dissolve in tears.
He thinks me always wavering and weak,
That with one hand I'll stop the other's blows.
He judges me by kindnesses now past.
But no ... he'll take a different view, for sure.
He triumphs at the shrine. What does he care
If life or death is wished on him elsewhere?
He leaves me, devil, with that ghastly choice.
No, just one strike more. Let Orestes act,
And let him die. He must have known, have seen
It all. He forced me into willing it ...
To willing it? Have I commanded it?
So will the end of all my love be death?
Pyrrhus ... in other times, my heart would fill
With such an ecstasy to hear his deeds.
I felt that I was his, if secretly,
Before my fatal marriage was arranged,
I've crossed so many seas, so many lands,
Have come so far - just to prepare his death.
To murder, kill him. Oh, before he dies ...

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Trans. Copyright © Tim Chilcott 2003


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