LE VASE BRISÉ THE FISSURED VASE
Sully Prudhomme trans. Thomas D.Le

Le vase où meurt cette vervaine
D'un coup d'éventail fut fêlé
Le coup dut effleurer à peine,
Aucun bruit ne l'a révélé.
Mais la plus légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D'une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.
Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s'est épuisé
Personne encore ne s'en doute,
N'y touchez pas, il est brisé.
Souvent aussi la main qu'on aime,
Effleurant le coeur, le meurtrit;
Puis le coeur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt;
Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde;
Il est brisé, n'y touchez pas.

This vase wherein the vervain dies
A fan's light touch left a crack fine.
Soft blow it was to all the eyes,
And made no noise one would divine.
Yet slight as is the little bruise,
It gnaws at its crystal each day.
Unseen but sure in its slow cruise
Around the vase it makes its way.
Fresh water leaves in dribs and aught,
The flowers' soul will expire soon.
Though none has yet to suspect naught,
Touch not the vase for it's in ruin.
Thus often when the hand you love
Strokes light the heart yet breaks it so,
The heart shatters on its blest love,
The flower dies of its love's woe.
It looks whole to the world outside,
Yet feels the growth, and softly cries,
Of its wound deep and fine inside.
It is injured, touch not the vase.

Trans. copyright © Thomas D.Le 2002


next
index
translator's next