from "TARTUFFE" - V.1/2from "TARTUFFE" - V.1/2
Molièretrans. Martin Sorrell
Scène 1 - ORGON, CLÉANTE

CLÉANTE

Où voulez-vous courir?

ORGON
Las! que sais-je?

CLÉANTE
Il me semble
Que l'on doit commencer par consulter ensemble
Les choses qu'on peut faire en cet événement.

ORGON
Cette cassette-là me trouble entièrement;
Plus que le reste encore elle me désespère.

CLÉANTE
Cette cassette est donc un important mystère?

ORGON
C'est un dépôt qu'Argas, cet ami que je plains,
Lui-même, en grand secret, m'a mis entre les mains:
Pour cela, dans sa fuite il me voulut élire;
Et ce sont des papiers, à ce qu'il m'a pu dire,
Où sa vie et ses biens se trouvent attachés.

CLÉANTE
Pourquoi donc les avoir en d'autres mains lâchés?

ORGON
Ce fut par un motif de cas de conscience:
J'allai droit à mon traître en faire confidence;
Et son raisonnement me vint persuader
De lui donner plutôt la cassette à garder,
Afin que, pour nier, en cas de quelque enquête,
J'eusse d'un faux-fuyant la faveur toute prête,
Par où ma conscience eût pleine sûreté
À faire des serments contre la vérité.

CLÉANTE
Vous voilà mal, au moins si j'en crois l'apparence;
Et la donation, et cette confidence,
Sont, à vous en parler selon mon sentiment,
Des démarches par vous faites légèrement.
On peut vous mener loin avec de pareils gages;
Et cet homme sur vous ayant ces avantages,
Le pousser est encor grande imprudence à vous,
Et vous deviez chercher quelque biais plus doux.

ORGON
Quoi? sous un beau semblant de ferveur si touchante
Cacher un coeur si double, une âme si méchante!
Et moi qui l'ai reçu gueusant et n'ayant rien ...
C'en est fait, je renonce à tous les gens de bien:
J'en aurai désormais une horreur effroyable,
Et m'en vais devenir pour eux pire qu'un diable.

CLÉANTE
Hé bien! ne voilà pas de vos emportements!
Vous ne gardez en rien les doux tempéraments;
Dans la droite raison jamais n'entre la vôtre,
Et toujours d'un excès vous vous jetez dans l'autre.
Vous voyez votre erreur, et vous avez connu
Que par un zèle feint vous étiez prévenu;
Mais pour vous corriger, quelle raison demande
Que vous alliez passer dans une erreur plus grande,
Et qu'avecque le coeur d'un perfide vaurien
Vous confondiez les coeurs de tous les gens de bien?
Quoi? parce qu'un fripon vous dupe avec audace
Sous le pompeux éclat d'une austère grimace,
Vous voulez que partout on soit fait comme lui,
Et qu'aucun vrai dévot ne se trouve aujourd'hui?
Laissez aux libertins ces sottes conséquences;
Démêlez la vertu d'avec ses apparences,
Ne hasardez jamais votre estime trop tôt,
Et soyez pour cela dans le milieu qu'il faut:
Gardez-vous, s'il se peut, d'honorer l'imposture,
Mais au vrai zèle aussi n'allez pas faire injure;
Et s'il vous faut tomber dans une extrémité,
Péchez plutôt encor de cet autre côté.


Scène 2 - DAMIS, ORGON, CLÉANTE.

DAMIS

Quoi? mon père, est-il vrai qu'un coquin vous menace?
Qu'il n'est point de bienfait qu'en son âme il n'efface,
Et que son lâche orgueil, trop digne de courroux,
Se fait de vos bontés des armes contre vous?

ORGON
Oui, mon fils, et j'en sens des douleurs nonpareilles.

DAMIS
Laissez-moi, je lui veux couper les deux oreilles:
Contre son insolence on ne doit point gauchir;
C'est à moi, tout d'un coup, de vous en affranchir,
Et pour sortir d'affaire, il faut que je l'assomme.

CLÉANTE
Voilà tout justement parler en vrai jeune homme.
Modérez, s'il vous plaît, ces transports éclatants:
Nous vivons sous un règne et sommes dans un temps
Où par la violence on fait mal ses affaires.

............
............
Scene 1 - ORGON, CLEANTE

CLEANTE

Where are you running to?

ORGON
I don't know!

CLEANTE
Let's sit down, and think what to do.



ORGON
That missing box is a catastrophe.


CLEANTE
Why?

ORGON
My poor friend Argas gave it me
For safe keeping before he fled.
He swore me to secrecy,
Telling me it contained papers
Which his finances - no, his life - depended on.

CLEANTE
Why did you entrust the box to someone else?

ORGON
A matter of conscience.
I told Tartuffe the whole story;
He persuaded me to give him the box,
So that, if the authorities launched a search,
I could truthfully say that I hadn't got it.



CLEANTE
This looks very bad. The deed of gift,
The strong-box - most impetuous.
You could be in deep water, now that man
Has got the upper hand.
You were rash to tackle him head on;
More roundabout methods were needed.

ORGON
With someone who can hide that much evil
And duplicity under such a cloak
Of piety? ... He had nothing; a beggar,
When I took him in! Well, men of God,
I spit on the lot of you! From now on,
You'll have me to reckon with!



CLEANTE
There you go again;
Never anything in moderation;
From one extreme to the other,
Swinging like a manic pendulum.
You've acknowledged you were fooled
By a show of phoney zeal.
But two wrongs don't make a right.
There's no virtue now in going round
Finding rogues and impostors at every turn.
Because there's one rotten apple,
You think the barrel's full of scheming hypocrites.
Genuine believers do exist.
Leave cynicism to religious sceptics,
Learn to distinguish between virtue,
Real and feigned. Don't rush to instant judgement,
Try to keep a sense of balance.
Yes, treat hypocrisy as such,
But recognise sincere devotion.
And if you have to go to one extreme,
Trust people more, rather than less.





Scene 1 - DAMIS, ORGON, CLEANTE

DAMIS

Father, is it really true
That the wretch is issuing threats?
Has he forgotten all you've done for him?
Is your very kindness to be your downfall?

ORGON
Yes, Damis, this is the worst day of my life.

DAMIS
He won't get away with it!
Don't worry, I'll see that he doesn't,
Even if it means getting physical.
Leave it to me.

CLEANTE
There speaks the voice of youth ...
Show some restraint, if you please.
We live in a civilised age
Where nothing is solved by violence.

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............

Trans. Copyright © Martin Sorrell 2002 - publ. Nick Hern Books


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