from "LES FEMMES SAVANTES"
- Act IV. Scene 2
from "THE SISTERHOOD"
- Act IV
Molièretrans. & adapt. Ranjit Bolt
ARMANDE: (sans voir Clitandre)
Je ne souffrirais point, si j'étais que de vous,
Que jamais d'Henriette il pût être l'époux.
On me ferait grand tort d'avoir quelque pensée
Que là-dessus je parle en fille intéressée,
Et que le lâche tour que l'on voit qu'il me fait
Jette au fond de mon coeur quelque dépit secret:
Contre de pareils coups l'âme se fortifie
Du solide secours de la philosophie,
Et par elle on se peut mettre au-dessus de tout.
Mais vous traiter ainsi, c'est vous pousser à bout:
Il est de votre honneur d'être à ses voeux contraire,
Et c'est un homme enfin qui ne doit point vous plaire.
Jamais je n'ai connu, discourant entre nous,
Qu'il eût au fond du coeur de l'estime pour vous.

PHILAMINTE:
Petit sot!

ARMANDE:
Quelque bruit que votre gloire fasse,
Toujours à vous louer il a paru de glace.

PHILAMINTE:
Le brutal!

ARMANDE:
Et vingt fois, comme ouvrages nouveaux,
J'ai lu des vers de vous qu'il n'a point trouvé beaux.

PHILAMINTE:
L'impertinent!

ARMANDE:
Souvent nous en étions au prises;
Et vous ne croiriez point de combien de sottises ...

CLITANDRE:
Eh! doucement, de grâce: un peu de charité,
Madame, ou tout au moins un peu d'honnêteté.
Quel mal vous ai-je fait? et quelle est mon offense,
Pour armer contre moi toute votre éloquence?
Pour vouloir me détruire, et prendre tant de soin
De me rendre odieux aux gens dont j'ai besoin?
Parlez, dites, d'où vient ce courroux effroyable?
Je veux bien que madame en soit juge équitable.

ARMANDE:
Si j'avais le courroux dont on veut m'accuser,
Je trouverais assez de quoi l'autoriser:
Vous en seriez trop digne, et les premières flammes
S'établissent des droits si sacrés sur les âmes,
Qu'il faut perdre fortune, et renoncer au jour,
Plutôt que de brûler des feux d'un autre amour;
Au changement de voix nulle horreur ne s'égale,
Et tout coeur infidèle est un monstre en morale.
............
............
ARMANDE:
Frankly, if I were you I'd never let
A man like that run off with Henriette.
People may say it's malice on my part -
Not reason talking, but a broken heart -
If so, they'd be mistaken - lesser lights
Might well be wounded by such trivial slights -
I'm armed against them with philosophy -
It's the affront to you that angers me.
When I think back on it, I can't recall
His ever speaking well of you at all.


PHILAMINTE:
Cretin!

ARMANDE:
When critics eagerly extolled
Your work, his own reaction was ice-cold.

PHILAMINTE:
Moron!

ARMANDE:
I used to read him things of yours
Anonymously - and to no applause.

PHILAMINTE:
Philistine!





CLITANDRE: (Stepping forward, addressing Armande)
Wait! Let's have some charity!
Or failing that, a little honesty!
(To Philaminte)
Madame, now that you've heard the charges, I'll
Try to defend myself, since I'm on trial.
(To Armande)
What damage have I done you - what offence
Has triggered off this poisonous eloquence?

ARMANDE:
I'm not offended - but suppose I was -
Could you pretend I didn't have just cause?
Didn't you drop me like a hot potato
When I'd succumbed? What have you got to say to
That? Is deceit the privilege of men?
............
............

Trans. Copyright © Ranjit Bolt 1999 - publ. Oberon Books


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