LES FLEURSFLOWERS
Stéphane Mallarmétrans. Alan Crosier
Des avalanches d’or du vieil azur, au jour
Premier et de la neige éternelle des astres
Jadis tu détachas les grands calices pour
La terre jeune encore et vierge de désastres,

Le glaïeul fauve, avec les cygnes au col fin,
Et ce divin laurier des âmes exilées
Vermeil comme le pur orteil du séraphin
Que rougit la pudeur des aurores foulées,

L’hyacinthe, le myrte à l’adorable éclair
Et, pareille à la chair de la femme, la rose
Cruelle, Hérodiade en fleur du jardin clair,
Celle qu’un sang farouche et radieux arrose!

Et tu fis la blancheur sanglotante des lys
Qui roulant sur des mers de soupirs qu’elle effleure
À travers l’encens bleu des horizons pâlis
Monte rêveusement vers la lune qui pleure!

Hosannah sur le cistre et dans les encensoirs,
Notre Dame, hosannah du jardin de nos limbes!
Et finisse l’écho par les célestes soirs,
Extase des regards, scintillements des nimbes!

Ô Mère qui créas en ton sein juste et fort,
Calices balançant la future fiole,
De grandes fleurs avec la balsamique Mort
Pour le poète las que la vie étiole.
A golden avalanche, from ancient blue,
Of primal dawn’s eternal starry snows -
You loosed each looming calyx for the new
And pristine Earth, still innocent of blows;

Like swans’ necks tawny gladioli grow,
And laurel trees revered by exiled souls
Turn scarlet, like the purest seraph’s toe
From chaste Aurora’s trampled ruby coals;

The hyacinth, and myrtle’s lovely flame;
And rose so cruel, the hue of woman’s skin -
The garden’s gem, Herodias by name -
Untamed, ablaze with savage blood within!

You made the sobbing white of lilies rise -
Rolling, skimming the face of sighing deeps
And azure incense of those pallid skies
In dreams, toward a distant moon that weeps.

Hosanna! In the censer, on the lyre -
Hosanna, from our Limbo in the leaves!
Our Lady, echoes fade as heavenly fire
Of ecstasy an evening halo weaves!

Engendered in your womb, so just and calm,
Each calyx-chalice measures out our doom.
And Mother, yes: that bloom that is Death’s balm -
To soothe the life-sapped poet in your tomb.

Trans. Copyright © Alan Crosier 2000


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