LE VENT FROID DE LA NUIT THE COLD WIND OF THE NIGHT
Leconte de Lisle trans. Peter Dean
Le vent froid de la nuit souffle à travers les branches
Et casse par moments les rameaux desséchés;
La neige, sur la plaines ou les morts sont couchés,
Comme un suaire étend au loin ses nappes blanches.

En ligne noire, au bord de líétroit horizon,
Un long vol de corbeaux passe en rasant la terre,
Et quelques chiens, creusant un tertre solitaire,
Entre-choquent les os dans le rude gazon.

Jíentends gémir les morts sous les herbes froissées.
Ô pâles habitants de la nuit sans réveil,
Quel amer souvenir, troublant votre sommeil,
Síéchappe en lourds sanglots de vos lèvres glacées?

Oubliez, oubliez! Vos coeurs sont consumés;
De sang et de chaleur vos artères sont vides.
Ô morts, morts bienheureux, en proie aux vers avides,
Souvenez-vous plutôt de la vie, et dormez!

Ah! dans vos lits profonds quand je pourrai descendre,
Comme un forçat vieilli qui voit tomber ses fers,
Que jíaimerai sentir, libre des maux soufferts,
Ce qui fut moi rentrer dans la commune cendre!

Mais, o songe! Les morts se taisent dans leur nuit.
Cíest le vent, cíest líeffort des chiens ô leur pâture,
Cíest ton morne soupir, implacable nature!
Cíest mon coeur ulcéré qui pleure et qui gémit.

Tais-toi. Le ciel est sourd, la terre te dédaigne.
À quoi bon tant de pleurs si tu ne peux gérir?
Sois comme un loup blessé qui se tait pour mourir.
Et qui mord le couteau, de sa gueule qui saigne.

Encore une torture, encore un battement.
Puis, rien. La terre síouvre, un peu de chair y tombe;
Et líherbe de líoubli, cachant bientôt la tombe,
Sur tant de vanité croît éternellement.
Through branches blows the cold wind of the night,
Snapping at times the odd bough, brittle, dry;
Out on the plains the snow where dead men lie
Stretches far as a shroud its sheet of white.

In a black line, flat with the sharp horizon,
A flock of crows flies, scanning as it flies,
And several dogs, digging the solitary rise
Out on the rough grass, wrangle for a bone.

I hear the dead men shivering under trampled grass.
O ghastly denizens of a night without end,
What bitter memories that your slumber rend
Steal through the heavy sobs your lips now pass?

Forget! Forget! Your hearts are now destroyed;
Your veins are empty now of heat and blood.
O wraiths, you happy wraiths, prey to the greedy flood,
Think of what life was like and take the void!

Ah! when I can myself join your deep beds,
Just like an ancient prisoner seeing his shackles fall,
Freed from injustices Iíve endured, how Iíll call
Thanks for what eases my ashes amongst the deadís!

So much for dreams! The dead fall silent in their night.
It is the wind, the noise of dogs at their repast,
Nature, itís your dread sigh, remorseless to the last!
Itís my embittered heart complaining at its plight.

Be still. The sky lowers, earth holds you in disdain.
What advantage in tears if for you thereís no cure?
Do as the wounded wolf, fall silent when deathís sure,
Biting with bloody jaws the blade which brings it pain.

Another torture yet, one beating more to face.
Then, oblivion ... ground gapes, scrap-of-flesh in is thrown,
And green fields of forgetfulness soon render grave unknown,
Ever will rise above that heap of fond hopes in that place.

Trans. copyright © Peter Dean 2003



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