MIDINOON
Leconte de Lisleprose trans. William Rees
Midi, roi des étés, épandu sur la plaine,
Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu.
Tout se tait. L'air flamboie et brûle sans haleine;
La terre est assoupie en sa robe de feu.

L'étendue est immense, et les champs n'ont point d'ombre.
Et la source est tarie où buvaient les troupeaux;
La lointaine forêt, dont la lisière est sombre,
Dort là-bas, immobile, en un pesant repos.

Seuls, les grands blés mûris, tels qu'une mer dorée, 
Se déroulent au loin, dédaigneux du sommeil;
Pacifiques enfants de la terre sacrée,
Ils épuisent sans peur la coupe du soleil.

Parfois, comme un soupir de leur âme brûlante
Du sein des épis lourds qui murmurent entre eux,
Une ondulation majestueuse et lente
S'éveille, et va mourir à l'horizon poudreux.

Non loin, quelques boeufs blancs, couchés parmi les herbes.
Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais,
Et suivent de leurs yeux languissants et superbes
Le songe intérieur qu'ils n'achèvent jamais.

Homme, si, le coeur plein de joie ou d'amertume,
Tu passais vers midi dans les champs radieux,
Fuis! la nature est vide et le soleil consume:
Rien n'est vivant ici, rien n'est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire, 
Altéré de l'oubli de ce monde agité,
Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
Goûter une suprême et morne volupté,

Viens! Le soleil te parle en paroles sublimes;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le coeur trempé sept fois dans le néant divin.
Noon, king of summers, radiating over the plain,
falls in silver sheets from the heights of the blue sky.
All is silent. The air flames and burns breathlessly;
the earth lies drowsy in its fiery robe.

The expanse is vast, and the fields have no shade, 
and the spring where the herds drank has run dry;
the distant dark-edged forest
sleeps yonder, motionless, in a heavy torpor.

Only the great ripe cornfields, like a gilded sea, 
unfold into the distance, disdaining sleep;
peaceful children of the holy earth,
they drain without fear the cup of sunlight.

Sometimes, like a sigh from their burning soul, 
from the heart of the heavy murmuring ears of corn,
a slow majestic undulation awakes,
and rolls away to die on the dusty horizon.

Not far away a few white oxen, lying in the grass, 
dribble slowly on their weighty dewlaps,
and follow with their proud and languid eyes
the inner dream they never finish.

Man, if, with your heart full of joy or bitterness, 
you were moving towards noon into the radiant fields,
flee! nature is empty and the sun devours:
nothing is living here, nothing is sad or joyful.

But if, disillusioned with tears or with laughter, 
thirsting for forgetfulness of this restless world,
no longer able to pardon or to curse,
you wish to taste an ultimate and bleak pleasure,

Come! The sun speaks to you in sublime words: 
be absorbed without end in its relentess flame;
and return with slow steps towards the abject cities,
your heart steeped seven times in the divine void.

Click here 1 for another translation of this poem.

Trans. Copyright © William Rees 1990 - publ. Penguin Classics


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