MIDI NOON
Leconte de Lisle trans. Stan Solomons
Midi, roi des étés, épandu sur la plaine,
Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu.
Tout se tait. L'air flamboie et brûle sans haleine;
La terre est assoupie en sa robe de feu.

L'étendue est immense, et les champs n'ont point d'ombre.
Et la source est tarie où buvaient les troupeaux;
La lointaine forêt, dont la lisière est sombre,
Dort là-bas, immobile, en un pesant repos.

Seuls, les grands blés mûris, tels qu'une mer dorée, 
Se déroulent au loin, dédaigneux du sommeil;
Pacifiques enfants de la terre sacrée,
Ils épuisent sans peur la coupe du soleil.

Parfois, comme un soupir de leur âme brûlante
Du sein des épis lourds qui murmurent entre eux,
Une ondulation majestueuse et lente
S'éveille, et va mourir à l'horizon poudreux.

Non loin, quelques boeufs blancs, couchés parmi les herbes.
Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais,
Et suivent de leurs yeux languissants et superbes
Le songe intérieur qu'ils n'achèvent jamais.

Homme, si, le coeur plein de joie ou d'amertume,
Tu passais vers midi dans les champs radieux,
Fuis! la nature est vide et le soleil consume:
Rien n'est vivant ici, rien n'est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire, 
Altéré de l'oubli de ce monde agité,
Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
Goûter une suprême et morne volupté,

Viens! Le soleil te parle en paroles sublimes;
Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin;
Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
Le coeur trempé sept fois dans le néant divin.
Noon, monarch of summer, ruling o'er the plain,
Falling in silver sheets from azure height.
All is still. Breathless the air is flame;
The earth is drowsy in its robe of light.

Distance is dazzling vast, the fields lack shade,
The spring is dusty dry where drank the sheep;
The far-off forest, with its sombre glade
Lies there so still, heavy in drug-like sleep.

Like seas of gold, only the tall ripe corn
Rolls to the distance and all sleep disdains;
Peace-loving child of sacred Nature born,
Fearless, the cup of sun-liqueur it drains.

Sometimes, like sighs forced from its burning soul,
From out the heavy grain's murmuring breast,
Majestic, slow, waves wake and roll
To dusty horizon to meet their death.

Close by, white oxen, resting on the sward,
Salivate gently on thick dew-lapped neck,
With eyes, placid and proud, follow and hoard
That inmost thought, never achieved as yet.

If, filled with spleen or joy, you pass at noon
Among those sonorous radiant fields of light, Flee!
Nature is empty and the sun consumes;
Nothing is living, nothing sad or bright.

But if, purged free of tears or smiles, athirst
To cast away their frantic memory,
If then you wish, knowing nor grace nor curse,
To taste a sensuous supremacy,

Come then! The sun will speak to you in shining words;
Within its ruthless flame live through eternal time;
Take back with you towards the petty world
A heart steeped seven-fold in the void divine.

Click here 2 for another translation of this poem.

Trans. copyright © Stan Solomons 2006



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