COMPLAINTE D'UN CERTAIN DIMANCHE LAMENT FOR A CERTAIN SUNDAY
Jules Laforgue trans. Brian Cole
Elle ne concevait pas qu'aimer fût l'ennemi d'aimer.
...................................... SAINTE-BEUVE, Volupté.



L'homme n'est pas méchant, ni la femme éphémère.
Ah! fous dont au casino battent les talons,
Tout homme pleure un jour et toute femme est mère,
Nous sommes tous filials, allons!
Mais quoi! les Destins ont des partis pris si tristes,
Qui font que, les uns loin des autres, l'on s'exile,
Qu'on se traite à tort et à travers d'égoïstes,
Et qu'on s'use à trouver quelque unique Evangile.
Ah! jusqu'à ce que la nature soit bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.

Dans ce village en falaises, loin, vers les cloches,
Je redescends dévisagé par les enfants
Qui s'en vont faire bénir de tièdes brioches;
Et rentré, mon sacré-coeur se fend!
Les moineaux des vieux toits pépient à ma fenêtre.
Ils me regardent dīner, sans faim, à la carte;
Des âmes d'amis morts les habitent peut-être?
Je leur jette du pain: comme blessés, ils partent!
Ah! jusqu'à ce que la nature soit bien bonne,
Moi je veux vivre monotone.

Elle est partie hier. Suis-je pas triste d'elle?
Mais c'est vrai! Voilà donc le fond de mon chagrin!
Oh! ma vie est aux plis de ta jupe fidèle!
Son mouchoir me flottait sur le Rhin ...
Seul. - Le Couchant retient un moment son Quadrige
En rayons où le ballet des moucherons danse,
Puis, vers les toits fumants de la soupe, il s'afflige ...
Et c'est le Soir, l'insaisissable confidence ...
Ah! jusqu'à ce que la nature soit bien bonne,
Faudra-t-il vivre monotone?

Que d'yeux, en éventail, en ogive, ou d'inceste,
Depuis que l'Źtre espère, ont réclamé leurs droits!
O ciels, les yeux pourrissent-ils comme le reste?
Oh! qu'il fait seul! oh! fait-il froid!
Oh! que d'après-midi d'automne à vivre encore!
Le Spleen, eunuque à froid, sur nos rêves se vautre.
Or, ne pouvant redevenir des madrépores,
O mes humains, consolons-nous les uns les autres.
Et jusqu'à ce que la nature soit bien bonne,
Tâchons de vivre monotone.




Man is not wicked, woman not ephemeral.
You fools who kick your heels in the casinos,
every man must weep and woman whelp,
After all we are our parents' children!
But Fate can be so prejudiced against us
and drive us into exile far from each other,
make us think the other is quite selfish
and waste our strength in seeking some new Gospel.
Ah! 'Til Nature changes and is kind
I want monotony in life.

In this cliff-side village near the bells,
I come down, stared at by the children, who
are off to get a blessing on their buns.
Now at home my bleeding heart is breaking!
On old roofs sparrows twitter at my window.
They see me dine, unhungry, à la carte.
Maybe they bear the souls of my dead friends?
I throw them bread: they leave, as if offended!
Ah! 'Til Nature changes and is kind
I want monotony in life.

Yesterday she left. So am I sad?
Of course! That is the source of all my grief!
My life is faithful to the pleats in your skirt!
She waved her kerchief to me on the Rhine ...
Alone! - The sunset holds its chariot back
in rays where clouds of midges dance a ballet,
and then on steaming roofs of soup it grieves ...
Evening confides in us, but we know nothing ...
Ah! 'Til Nature changes and is kind
must there be monotony in life?

What eyes, behind a fan, from a niche, in incest
have claimed their rights since Hope was first invented!
Heavens, do eyes rot like the rest of us?
Oh, how lonely and how cold it is!
How many autumn days must still be lived?
Spleen, that frigid eunuch, corrupts our dreams.
So, since we can't go back to being corals,
fellow-humans, let's console each other,
and 'til Nature changes and is kind
let's try monotony in life.

Trans. copyright © Brian Cole 2005


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