CLARA D'ELLÉBEUSE CLARA D'ELLÉBEUSE
Francis Jammes trans. Sheenagh Pugh

J'aime dans le temps Clara d'Ellébeuse,
l'écolière d'anciens pensionnats,
qui allait, les soirs chauds, sous les tilleuls
lire les magazines d'autrefois.

Je n'aime qu'elle, et je sens sur mon coeur
la lumière bleue de sa gorge blanche.
Où est-elle? Où était donc ce bonheur?
Dans sa chambre claire il y entrait des branches.

Elle n'est peut-être pas encore morte
- ou peut-être que nous l'étions tous deux.
La grande cour avait des feuilles mortes
dans le vent froid des fins d'été très vieux.

Te souviens-tu de ces plumes de paon,
dans un grand vase, auprès des coquillages? ...
on apprenait qu'on avait fait naufrage,
on appelait Terre-Neuve: le Banc.

Viens, viens, ma chère Clara d'Ellébeuse:
et aimons-nous encore si tu existes.
Le vieux jardin a des vieilles tulipes.
Viens toute nue, ô Clara d'Ellébeuse.
I love in the past Clara d'Ellébeuse,
who went to a Young Ladies' Academy
and spent warm evenings under the may-trees
reading the magazines of days gone by.

I love no other, and I feel blue rays
of light fall on my heart from her white breast.
Where is she? Where was then that happiness?
Into her room's bright clearing, branches thrust.

It may be that she isn't yet dead,
or maybe that's what we both were.
There were dead leaves on the great courtyard
in the cold wind that closed that sort of summer.

Remember where the tall vase used to stand,
with peacock's feathers, near the fancy shells?
We'd hear the grown-ups talk of lost vessels,
they'd say, the Sandbank, meaning Newfoundland.

Do come, my dear Clara d'Ellébeuse,
and if you still live, let us love again.
Tulips are ageing in the old garden,
come with no clothes on, Clara d'Ellébeuse.

Trans. copyright © Sheenagh Pugh 1993 - publ. seren



next
index
translator's next