SOUVENIR DE LA NUIT DU 4 REMEMBERING THE NIGHT OF THE FOURTH
Victor Hugotrans. Peter Dean
L’enfant avait reçu deux balles dans la tête.
Le logis était propre, humble, paisible, honnête:
On voyait un rameau bénit sur un portrait.
Une vieille grand’mère était là qui pleurait.
Nous le déshabillions en silence. Sa bouche,
Pâle, s’ouvrait; la mort noyait son oeil farouche;
Ses bras pendants semblaient demander des appuis.
Il avait dans sa poche une toupie en buis.
On pouvait mettre un doigt dans les trous de ses plaies.
Avez-vous vu saigner la mûre dans les haies?
Son crâne était ouvert comme un bois qui se fend.
L’aïeule regarda déshabiller l’enfant,
Disant: Comme il est blanc! approchez donc la lampe.
Dieu! ses pauvres cheveux sont collés sur sa tempe! -
Et quand ce fut fini, le prit sur ses genoux.
La nuit était lugubre; on entendait des coups
De fusil dans la rue où l’on en tuait d’autres.
- Il faut ensevelir l’enfant, dirent les nôtres.
Et l’on prit un drap blanc dans l’armoire en noyer.
L’aïeule cependant approchait le foyer,
Comme pour réchauffer ses membres déjà roides.
Hélas! ce que la mort touche de ses mains froides
Ne se réchauffe plus aux foyers d’ici-bas!
Elle pencha la tête et lui tira ses bas,
Et dans ses vieilles mains prit les pieds du cadavre.
- Est-ce que ce n’est pas une chose qui navre!
Cria-t-elle; monsieur, il n’avait pas huit ans!
Ses maîtres, il allait en classe, étaient contents!
Monsieur, quand il fallait que je fisse une lettre,
C’est lui qui l’écrivait. Est-ce qu’on va se mettre
à tuer les enfants maintenant? Ah! mon Dieu!
On est donc des brigands? Je vous demande un peu,
Il jouait ce matin, là, devant la fenêtre!
Dire qu’ils m’ont tué ce pauvre petit être!
Il passait dans la rue, ils ont tiré dessus.
Monsieur, il était bon et doux comme un Jésus.
Moi je suis vieille, il est tout simple que je parte;
Cela n’aurait rien fait à monsieur Bonaparte
De me tuer au lieu de tuer mon enfant! -
Elle s’interrompit, les sanglots l’étouffant.
Puis elle dit, et tous pleuraient près de l’aïeule:
- Que vais-je devenir à présent toute seule?
Expliquez-moi cela, vous autres, aujourd’hui.
Hélas! je n’avais plus de sa mère que lui.
Pourquoi l’a-t-on tué? je veux qu’on me l’explique.
L’enfant n’a pas crié vive la République. -
Nous nous taisions, debout et graves, chapeau bas.
Tremblant devant ce deuil qu’on ne console pas.

Vous ne compreniez point, mère, la politique.
Monsieur Napoléon, c’est son nom authentique,
Est pauvre, et même prince; il aime les palais;
Il lui convient d’avoir des chevaux, des valets,
De l’argent pour son jeu, sa table, son alcôve,
Ses chasses; par la même occasion, il sauve
La famille, l’église et la société
Il veut avoir Sant-Cloud, plein de roses l’été,
Où viendront l’adorer les préfets et les maires;
C’est pour cela qu’il faut que les vieilles grand’mêres,
De leurs pauvres doigts gris que fait trembler le temps,
Cousent dans le linceul des enfants de sept ans.
The child had taken two bullets in the head.
It was a humble, clean and peaceful, plain homestead:
One noted the blessed palm stuck on the painting.
The old grandmother there wept, close to fainting.
Without a word between us, we removed his clothing.
His mouth, pale, open; death his wild eye now closing;
His limp arms look as if they need support.
His pocket holds a boxwood spinning top for sport.
Into his wounds you might a finger push.
You’ve seen ripe fruit bleed on a wayside bush?
His head was cleft apart, like a split log of wood.
Watching the undressing, the old grandma stood
And said: How white he is! Come, bring a lamp!
Oh God! See how his poor hair’s stuck and damp! -
And when all was done, she took him on her lap.
The evening lowered; more gun-shots filled the gap
From outside in the street where others met their fate.
- Wrap up the child, our people said, that mustn’t wait.
And someone took a white sheet from the chest.
The woman though approached the chimney-breast
As if to warm his frozen limbs again.
Alas! all death’s cold hand has touched no life regain -
At least not here on earth at fires like those.
She bent her head and, taking off his hose,
Cupped in her ancient hands the corpse’s feet.
- My heart is broken, will no longer beat!
She wept; good sir, he wasn’t even eight!
At school his teachers thought that he was great!
Sir, when there was a letter I’d to write
He was the one who wrote it. Is it right
Now to kill kids? Oh, gracious God above!
Are we all now the enemy? I ask in name of love,
Only today he played there in my sight!
Tell me why they have killed this little child. What right!?
He was out in the street there, they shot from up there.
Sir, he was such a good boy, no Jesus gentler.
As for me, I’m quite old, no problem if I go:
To Monsieur Bonaparte what difference would show
If he’d not killed my child but had killed me instead! -
She broke off here, sobs choking in her head.
But then began again, whilst all around her wept:
- What’s to become of me, now I’m bereft?
Explain that to me, all you others, now.
Alas! he was his mum’s last one that I could show.
Why have they killed him? Someone should tell me why!
‘Up the Republic!’ I never heard him cry. -
We kept our silence, faces grave, heads bare;
Shaking before grief inconsolable, we could only stare.

The trouble, mother, is you know no politics.
Monsieur Napoleon - the name he goes by, and no tricks -
Is hard-up, and yet prince; his palaces he needs,
His horses and his lackeys, servants, all he feeds,
Money for gaming, entertaining, residence,
For hunting/shooting/fishing: saving thus and hence
The Family, the Church and Civil Society;
He wants St. Cloud, replete with summer roses, naturally,
Where prefects and mayors can fawn on him and please;
It’s why our old grandmothers such as these
With poor worn fingers, set trembling by the times,
Must stitch the shrouds of seven year olds guilty of no crimes.

Trans. copyright © Peter Dean 2003


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