de "L'ART D'ÊTRE GRAND-PÈRE" XII.iiiJEAN ASLEEP (iii)
Victor Hugotrans. Timothy Adès
Jeanne dort; elle laisse, ô pauvre ange banni,
Sa douce petite âme aller dans l'infini;
Ainsi le passereau fuit dans la cerisaie;
Elle regarde ailleurs que sur terre, elle essaie,
Hélas, avant de boire à nos coupes de fiel,
De renouer un peu dans l'ombre avec le ciel.
Apaisement sacré! ses cheveux, son haleine,
Son teint, plus transparent qu'une aile de phalène,
Ses gestes indistincts, son calme, c'est exquis.
Le vieux grand-père, esclave heureux, pays conquis,
La contemple.

Cet être est ici-bas le moindre
Et le plus grand; on voit sur cette bouche poindre
Un rire vague et pur qui vient on ne sait d'où
Comme elle est belle! Elle a des plis de graisse au cou;
On la respire ainsi qu'un parfum d'asphodèle;
Une poupée aux yeux étonnés est près d'elle,
Et l'enfant par moments la presse sur son coeur.
Figurez-vous cet ange obscur, tremblant, vainqueur,
L'espérance étoilée autour de ce visage,
Ce pied nu, ce sommeil d'une grâce en bas âge.
Oh! quel profond sourire, et compris de lui seul,
Elle rapportera de l'ombre à son aïeul!
Car l'âme de l'enfant, pas encor dédorée,
Semble être une lueur du lointain empyrée,
Et l'attendrissement des vieillards, c'est de voir
Que le matin veut bien se mêler à leur soir.


Ne la réveillez pas. Cela dort, une rose.
Jeanne au fond du sommeil médite et se compose
Je ne sais quoi de plus céleste que le ciel.
De lys en lys, de rêve en rêve, on fait son miel,
Et l'âme de l'enfant travaille, humble et vermeille,
Dans les songes ainsi que dans les fleurs l'abeille.
Jean sleeps: she lets her little soul take flight,
Poor exiled angel, to the infinite,
As into cherry-trees the sparrow flies.
She turns her face away from earth, and tries,
Before she has to drink our bitter broth,
To link up, from our shadows, with the skies.
Blessed tranquillity! Her hair, her breath;
Her colour, more transparent than a moth;
Slight gestures, and her calmness: all perfection!
Old Grandpa, like a country in subjection,
A happy slave, looks on admiringly.

She is the very smallest entity,
And yet the greatest, here below. A rare,
Vague smile is on her lips, from who knows where;
Her neck has little folds; you can inhale
Her essence, beautiful as asphodel.
Beside her is a huge-eyed doll, that's pressed,
From time to time, against the infant breast.
Picture this angel, see her if you will,
Mysterious, tremulous, invincible,
Slumbering; hope resplendent round her face,
Like stars; the foot exposed, the childish grace.
Oh! What a smile, inscrutable and deep,
She will retrieve for Grandpa from her sleep!
Untarnished shines the soul of a little child,
Like the empyrean, far above this world;
And it's a solace when we're old, to see
The dawn seek out our dusk, so willingly.

Dont wake her. She is sleeping, like a rose.
Sunk in her sleep, Jean muses to compose
What will out-heaven heaven. From lily to lily
Flitting, from dream to dream, she makes her honey.
The modest little soul works hard for hours:
Sips dreams, as bumble-bees go sipping flowers.

Trans. copyright © Timothy Adès 2002 - publ. Hearing Eye


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