BAIGNER AU POINT DU JOUR ... AT BREAK OF DAY
Charles Guérin trans. Stan Solomons
Baigner au point du jour ses lèvres de rosée,
Secouer l'herbe ou la cigale s'est posée,
Frissonner au furtif coup d'aile frais du vent
Suivre d'un oeil bercé le feuillage mouvant,
Prêter l'oreille au cri des coqs dans les villages,
Aux chants d'oiseaux, au bruit des colliers d'attelages,
Offrir l'écho d'une âme heureuse au mille voix
Sonores de la vie et voir de toits en toits
Le bleu du ciel sourire à l'azur des fumées;
Quand l'aride midi pèse sur les ramées,
S'allonger, les yeux clos, et languir de sommeil,
Comme un voluptueux lézard, dans le soleil;
Sentir brûler le corps en amour de la terre,
Flotter sur les rumeurs, sur l'air, sur la lumiére,
Défaillir, se dissoudre en chose, s'enivrer
De l'arome charnel d'une rose à pleurer,
Percevoir dans son être obscur l'heure qui passe
Et traverse d'un jet d'étincelles l'espace;
Et quand l'humble Angélus a tinté, quand le soir
Exhale au fond du val ses vapeurs d'encensoir,
Que le soleil, au bord des toits, rasant les chaumes,
Y fait tourbilloner des échelles d'atomes,
Qu'un laboureur qui rentre â pas lourds de son champ
Ébauche un profil noir sur l'or vert du couchant,
Regagner son logis et, les doigts à la tempe
Bercé par la chanson discrète de la lampe,
Assembler les mots purs du poème rêvé,
Et sur les feuillets blancs du livre inachevé
Fixer, beau papillon, le jour multicolore,
Pourpre à midi, d'azur le soir, rose à l'aurore.

Ô fêtes de la vie où le chant d'un marteau
Sur l'enclume, la ligne heureuse d'un coteau,
La source, le brin d'herbe avec sa coccinelle,
Font trésaillir en nous l'argile originelle!
Gloire à toi dans l'éther lumineux, dans le mont,
Dans le métal, dans l'eau, dans l'insecte, limon
Universel par qui l'humaine créature
Rejoint le Créateur â travers la nature!
Bathing one's lips with dew at break of day,
Shaking the grasshoppers from out the hay,
Shuddering at the furtive clawing of the wind,
And cradling in the mind all living things.
To cries of cockerels lending an ear,
To birdsong and to harness jingling clear,
Giving a joyous soul's reply to sonorous
Voices of life, seeing between the tiled
Roofs angled interval the blue sky smile.
When noon impends arid and onerous,
Eyes closed, at ease, one is content to laze,
Like a voluptuous lizard in the blaze;
In love with earth, feeling the body glaze,
Floating anonymous, an object, weak,
Drunk with the scent of roses, fit to weep,
Seeing the hours in existence race,
With sudden scintillations, piercing space;
When Evensong has rung the dusk exhales,
Its incense vapours from the deep of dales,
And when the lowering sun, stroking the eaves,
Highlights the myriad specks of dust that seethe,
Wearily from the field the ploughman comes
Sketching a sombre profile gainst the sun.
Back in his home, where pensive head in hand,
Lulled by the quiet crooning of the lamp,
Forging the pure words of poems unborn,
Conjuring up the colours of the light,
Fixing upon the virgin paper white,
The butterfly of iridescent day
Crimson at noon, evening blue, and pink at dawn.

O happy life, when silver hammers' chant
Upon the anvil, and the grassy slant,
Fountains and grass with ladybirds at play,
Waken and make us quiver in our clay!
Glory to Thee in shining space, in mountains,
In insects, metals, and in fountains,
In all that flux by which the human creature
Strives to rejoin his God across vast Nature.

Trans. copyright © Stan Solomons 2006



next
index
translator's next