from "LE CID" - Act I, Scene 6 from "LE CID" - Act I, Scene 6
Pierre Corneille trans. A.S.Kline
DON RODRIGUE
Percé jusques au fond du coeur
D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d'une juste querelle,
Et malheureux objet d'une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
Ô Dieu, l'étrange peine!
En cet affront mon père est l'offensé,
Et l'offenseur le père de Chimène!

Que je sens de rudes combats!
Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse:
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse.
L'un m'anime le coeur, l'autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
Ou de vire en infâme,
Des deux cÔtés mon mal est infini.
Ô Dieu, l'étrange peine!
Faut-il laisser un affront impuni?
Faut-il punir le père de Chimène?

Père, maîtresse, honneur, amour,
Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour.
Cher et cruel espoir d'une âme généreuse,
Mais ensemble amoureuse,
Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
Fer qui cause ma peine,
M'es-tu donné pour venger mon honneur?
M'es-tu donné pour perdre ma Chimène?

Il vaut mieux courir au trépas.
Je dois à ma maitresse aussi bien qu'à mon père;
J'attire en me vengeant sa haine et sa colère;
J'attire ses mépris en ne me vengeant pas.
à mon plus doux espoir l'un me rend infidèle,
Et l'autre indigne d'elle.
Mon mal augmente à le vouloir guérir;
Tout redouble ma peine.
Allons, mon âme; et puisqu'il faut mourir,
Mourons du moins sans offenser Chimène.

Mourir sans tirer ma raison!
Rechercher un trépas si mortel à ma gloire!
Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire
D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison!
Respecter un amour dont mon âme égarée
Voit la perte assurée!
N'écoutons plus ce penser suborneur,
Qui ne sert qu'à ma peine.
Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur,
Puisqu'après tout il faut perdre Chimène.

Oui, mon esprit s'était déçu.
Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse:
Que je meure au combat, ou meure de tristesse,
Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.
Je m'accuse déjà de trop de négligence;
Courons à la vengeance;
Et tout honteux d'avoir tant balancé,
Ne soyons plus en peine,
Puisqu'aujourd'hui mon père est l'offensé,
Si l'offenseur est le père de Chimène.
RODRIGUE
Pierced to my heartís depths, suddenly,
By a stroke as unexpected as itís mortal,
Wretched avenger in a just quarrel,
Miserable object of unjust severity,
I am transfixed, and my stricken soul
Yields to the killing blow.
So close to seeing my love rewarded,
O God, the bitter pain!
By this affront my fatherís the offended,
And the offender is the father of Chimene!

What fierce conflict I feel!
My love takes sides against my honour:
I must avenge a father, lose a lover.
One stirs my wrath, the other one restrains me.
Forced to the sad choice of betraying Chimene,
Or living in infamy,
In both events my pain is infinite.
O God, fresh agony!
Can I let this offender go free?
Can I punish the father of Chimene?

Father, lover, honour, or beloved,
Noble and harsh constraint, sweet tyranny,
All my delight is dead, or honour dulled.
One makes me sad, the other unworthy.
Dear and cruel hope of a generous mind
In love, at the same time
Worthy foe of my greatest pleasure,
Blade that creates my pain,
Were you given me to retain my honour?
Were you given me to lose my Chimene?

Better not to have been born.
I owe as much to my lover as my father;
Avenging myself I earn her hate and anger;
By not taking revenge I earn his scorn.
One of my sweetest hope makes an end,
The other robs me of her hand.
My misfortune grows with the wish to cure it;
All things increase my pain.
Come, my soul; and since we must end it,
Let us die without offending Chimene.

Die without satisfaction!
Seek a death so fatal to my name!
Suffer Spain to denigrate my fame
For having failed the honour of my station!
Defend a love in which my dazed being
Sees but certain ruin!
Listen not to that seductive murmur,
That only swells my pain.
Come, my arm; at least save our honour,
Since after all we must lose Chimene.

Yes, my spirit was deceived,
I must defend my father before my lover:
Whether I die of combat or this torture,
Iíll shed blood as pure as it was received.
I accuse myself already of negligence;
Let me now rush to vengeance;
Ashamed I am of having hesitated,
Let me end this pain,
For my father was the one offended,
Though the offenderís father to Chimene.

Trans. Copyright © A.S.Kline 2007


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