from "LE CID" - Act II, Scene 2 from "LE CID" - Act II, Scene 2
Pierre Corneille trans. John Cairncross
RODRIGO:
A moi, comte, deux mots.

COMTE:
Parle.

RODRIGO:
Ôte-moi d’une doute;
Connais-tu bien don Diegue?

COMTE:
Oui.

RODRIGO:
Parlons bas: écoute.
Sais-tu que ce vieillard fut la meme vertu,
La vaillance et l’honneur de son temps? Le sais-tu?

COMTE:
Peut-être.

RODRIGO:
Cette ardeur que dans les yeux je porte.
Sais-tu que c’est son sang? Le sais-tu?

COMTE:
Que m’importe?


RODRIGO:
À quatre pas d’ici je te le fais savoir.

COMTE:
Jeune présomptueux!


RODRIGO:
Parle sans t’émouvoir.
Je suis jeune, il est vrai: mais aux ames bien nées
La valeur n’attend point le nombre des années.

COMTE:
Te mésurer à moi! Qui t’a rendu si vain,
Toi qu’on n’a jamais vu les armes à la main!

RODRIGO:
Mes pareils à deux fois ne se font point connaître,
Et pour leurs coups d’essai veulent des coups de maître.

COMTE:
Sais-tu bien que je suis?

RODRIGO:
Oui: tout autre que moi
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d’effroi,
Les palmes dont je vois ta tete si couverte
Semblent porter écrit le destin de ma perte.
J’attaque en téméraire un bras toujours vainqueur:
Mais j’aurai trop de force, ayant assez de coeur.
À qui venge son pere il n’est rien d’impossible.
Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.

COMTE:
Ce grand coeur qui paraît au discours que tu tiens
Par les yeux, chaque jour, se découvrait aux miens;
Et croyant voir en toi l’honneur de la Castille,
Mon âme avec plaisir te destinait ma fille;
Je sais ta passion, et suis ravi de voir
Que tous ses mouvements cèdent a ton devoir;
Qu’ils n’ont point affaibli cette ardeur magnanime;
Que ta haute vertu répond a mon estime:
Et que, voulant pour gendre un cavalier parfait,
Je ne me trompais point au choix que j’avais fait.
Mais je sens que pour toi ma pitié s’intéresse;
J’admire ton courage, et je plains ta jeunesse.
Ne cherche point a faire un coup d’essai fatal:
Dispense ma valeur d’un combat inégal:
Trop peu d’honneur pour moi suivrait cette victoire:
À vaincre sans péril, ou triomphe sans gloire.
On te croirait toujours abattu sans effort:
Et j’aurais seulement le regret de ta mort.


RODRIGO:
D’un indigne pitié ton audace est suivie:
Qui m’ose ôter l’honneur craint de m’ôter la vie!


COMTE:
Retire-toi d’ici.

RODRIGO:
Marchons sans discourir.

COMTE:
Es-tu si las de vivre?

RODRIGO:
As-tu peur de mourir?

COMTE:
Viens, tu fais ton devoir, et le fils dégénere
Qui survit un moment à l’honneur de son pere.

DON RODRIGO
Ho! Count, a word with you.

(The Count turns round)

DON RODRIGO
Settle a doubt.
You know Don Diego?

THE COUNT
Yes,

DON RODRIGO
And do you know
That this old man was bravery itself,
The valour and the glory of his time?

THE COUNT
Perhaps.

DON RODRIGO
This fire that flashes in my eyes,
Know you it is my father's?

THE COUNT
What of that?

DON RODRIGO
Four paces over there, I'll show you why.

THE COUNT
Presumptuous youth!

DON RODRIGO
Let not your choler rise.
I'm young, it's true, but, to aspiring hearts,
Valour's not measured by the count of years.

THE COUNT
You match yourself with me! What arrogance!
No one has ever seen you sword in hand.

DON RODRIGO
My equals burst but once upon the world,
And their first blow displays their mastery.

THE COUNT
Know you well who I am?

DON RODRIGO
Any but I
At your mere name would tremble with affright.
The laurels that lie thick upon your head
Seem to announce the sentence of my doom.
I rashly challenge a victorious arm,
But, since my heart is high, I've strength to spare.
T'avenge a father, naught's impossible.
Your arm's unconquered, not invincible.

THE COUNT
The mettle which your challenge to me shows
Was in your eyes to mine daily revealed.
Seeing in you the glory of Castile,
I gladly destined you my daughter's hand.
I know your love, and with delight I see
That all its ardour yields to duty still.
It has not weakened your high-heartedness;
Your self-dominion matches my esteem.
In making choice of you as son-in-law,
I did not err. You are a perfect knight.
But I am moved to spare you. I admire
Your spiritedness, pitying your youth.
Seek not to make a fatal trial, and
Dispense me from a short unequal fight.
This victory would yield me scant renown;
An easy triumph brings no glory. All
Would think that you were effortlessly slain,
And I would only have to mourn your death.

DON RODRIGO
Unworthy pity after such bold words!
Who takes my honour fears to take my life?

THE COUNT
Withdraw from here.

DON RODRIGO
Let's, waste no further words.

THE COUNT
You're tired of living?

DON RODRIGO
Do you fear to die?

THE COUNT
You do your duty. He who can outlive
His father's honour's an unworthy son.


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Trans. Copyright © John Cairncross 1975 - publ. Penguin Books


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