PLAINTE POÉTIQUEA POET’S COMPLAINT
Guillaume Colletettrans. James Kirkup (tanka)
Ferais-je encor des vers? Ami, j'en ai tant fait!
Plus j'enrichis ma langue, et moins je deviens riche,
Mon esprit abondant laisse ma terre en friche,
Et le vent de l'honneur n'emplit pas mon buffet.

Un poète accompli n'est plus qu'un fou parfait,
Dès qu'il prodigue un bien dont il doit être chiche;
Ce n'est plus qu'une idole, et sans base et sans niche,
Qu'on flatte en apparence et qu'on berne en effet.

Je rougis de pâlir si longtemps sur un livre;
De me tuer toujours pour vouloir toujours vivre,
D'affliger mon esprit pour divertir autrui;

De posséder un nom dont le bruit m’importune,
De m’élever si haut, et n’avoir point d’appui,
D'être bien chez la muse, et mal chez la fortune.
Shall I still write verse?
My friend, I wrote so many!
The richer my tongue,
the less rich I now become.
My fertile mind left barren

my fields; and the winds
of fame cannot fill my shelves.
Accomplished poets
are perfect fools. When such men
squander gifts they should preserve

they become no more
than idols without a base
and without a niche -
gods men appear to flatter
but in fact treat just like fools.

I’m ashamed, wasting
my time on writing a book;
killing myself just
to keep myself alive, and
ruining my mind, to pleasure

others, to possess
a name whose fame’s a nuisance;
to raise myself high
and find I have no foothold -
Muse’s darling, but Fortune’s clown.

Trans. Copyright © James Kirkup 2002



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