LES MÉTAMORPHOSES DU VAMPIREMETAMORPHOSES OF THE VAMPIRE
Charles Baudelairetrans. Christopher Mulrooney
La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc:

- "Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles!
Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,
Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas que se pâment d'émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi!"

Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
Et que languissamment je me tournai vers elle
Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
Qu'une outre aux flancs gluants, toute plein de pus!
Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
À mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Qui semblait avoir fait provision de sang,
Tremblaient confusément des débris de squelette.
Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.
From her strawberry mouth the woman though,
Writhing like a serpent on the coals,
And kneading her breasts upon the steel of her corset,
Let flow imbued all through with musk these words:

- "I’ve moistened lips, and I know the science
Of losing deep in bed the ancient conscience.
I dry all tears upon my breasts triumphant,
And make old men laugh the laugh of infants.
I take the place, seen naked and sans veils,
Of moon, and sun, the heavens and the stars!
I am, my dear savant, so learned in pleasure,
When in my fearsome arms a man I smother,
Or when I abandon unto nibbles my bust,
Timid and libertine, fragile and robust,
That on these mattresses which swoon with feeling,
Impuissant angels have damned themselves for me!"

When she’d from my bones sucked all the marrow,
And languidly I turned myself toward her
To give her again a kiss of love, I saw but this,
A wineskin gummy-flanked, all full of pus!
I closed my eyes, in my cold frightfulness,
And when I opened them, to living brightness,
Beside me, instead of the puissant mannequin
That had seemed of blood to make its provision,
Pieces of a skeleton shook indistinctly,
Which of themselves gave out a weathervane’s scream
Or a sign’s, on the tip of its rod of iron,
That’s swung by the wind alone on winter nights.

Click here 2 for another translation of this poem.

Trans. Copyright © Christopher Mulrooney 2003


next
index
translator's next