CHANT D'AUTOMNE - I AUTUMN SONG - I
Charles Baudelaire trans. Thomas D.Le

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres,
Adieu, vive clarté de nos étés trop courts!
J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres
Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Tout l'hiver va rentrer dans mon être: colère,
Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.

J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe
L'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd.
Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd.

Il me semble, bercé par ce choc monotone,
Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part
Pour qui? - C'était hier l'été voici l'automne!
Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.

Soon we will sink in the frigid darkness
Good-bye, brightness of our too short summers!
I already hear the fall in distress
Of the wood falling in the paved courtyard.

Winter will invade my being: anger,
Hatred, chills, horror, hard and forced labor,
And, like the sun in its iced inferno,
My heart is but a red and frozen floe.

I hear with shudders each weak limb that falls.
The scaffold will have no louder echo.
My spirit is like a tower that yields
Under the tireless and heavy ram blow.

It seems, lulled by this monotonous sound,
Somewhere a coffin is hastily nailed,
For whom? Summer yesterday, autumn now!
This mysterious noise sounds like a farewell.

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Trans. copyright © Thomas D.Le 2001


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